La présente contribution a été établie, dune
part dans les formes prévues par les dispositions du décret du 20/01/81
relatif aux commissions denquête technique et administrative
après accidents et incidents de mer et de son arrêté dapplication
du 16/12/97 portant création du Bureau-enquêtes-accidents / mer
(bea/mer) et dune Commission permanente denquête
sur les événements de mer (cpem), et dautre part en application
des termes de la Résolution n°A.849(20) du 27/11/97 de lOrganisation
maritime internationale (omi) sur les enquêtes après accidents et
incidents de mer et de la Convention internationale du droit
de la mer (unclos) de 1982. Cet ensemble de textes permet aux
États qui ont intérêt à connaître les causes dun événement
survenu en eaux internationales du fait des risques et dommages
quil fait connaître à son littoral, de contribuer à la conduite
de lenquête technique le concernant.
LErika étant exploité par des ressortissants
italiens, conduit par un capitaine et un équipage indien et battant
pavillon de Malte, les contacts nécessaires ont été pris avec la
Malta Maritime Authority (mma) et il a été convenu que les
informations pertinentes seraient échangées entre toutes les autorités
chargées, dans chacun des pays concernés, des enquêtes après événement
de mer, conformément aux dispositions de la résolution de lomi
précitée. Cest donc à ce titre que cette affaire a fait lobjet
dune décision dinscription au rôle dexamen de
la cpem. La forme actuelle de la présente contribution est provisoire
et elle sera transmise sous cette forme aux administrations, organismes
et personnes concernés, en vue de recueillir leurs avis et observations.
Le texte définitif de la contribution française
intégrera ces observations éventuelles, soit dans le corps du texte,
soit en annexe. Il sera remis à lomi comme prévu par la résolution
précitée et pourra être rendu public conformément aux dispositions
en vigueur.
Conformément à ces mêmes dispositions, le présent
document à été transmis, à leur demande aux autorités chargées en
France des suites judiciaires de cet événement, soit en loccurrence,
le parquet du Tribunal de grande instance de Paris et le juge désigné
pour instruire cette affaire.
Pour la recherche des causes ayant conduit au naufrage
de lErika, la cpem est réunie dans la formation suivante
:
co-présidents
|
ladministrateur
général des affaires maritimes Georges Tourret, directeur du
bea-mer.
|
ladministrateur général(2S)
des affaires maritimes Jean-Louis Guibert, secrétaire
général de lInstitut français de navigation.
|
experts
|
le chef-mécanicien Daniel Drevet,
officier-mécanicien de première classe de la marine marchande,
expert machines du bea/mer.
|
lingénieur civil du génie
maritime Bernard Parizot, expert coques du bea/mer
|
le capitaine au long-cours Yves
Halna du Frettay, directeur dopérations à la
compagnie les abeilles international
|
Les travaux de la Commission ont été rapportés
par M. Bernard Lion, secrétaire
général du bea-mer
= * =
PLAN DE LA CONTRIBUTION
1* Rappel
des circonstances du naufrage de lErika
2* Lexploitation
de lErika
3* Le
navire et son équipage
4* Chronologie
des faits
5* Détermination
et discussion des facteurs du sinistre
6* Synthèse
provisoire
7* Premières
recommandations
Annexes
·
Décision n°765 bea/igsam/metl du 13/12/99
·
Dossier navire
·
Cartographie de la zone du sinistre
· Éléments
chronologiques
Le présent document exprime les analyses provisoires
de la cpem sur les circonstances et les causes possibles du naufrage
de lErika. Conformément aux dispositions de la Résolution
omi n°A849(20) du 27/11/97 et du décret du 20/01/81 sur les commissions
denquête après événement de mer, lanalyse de ce naufrage
na pas été conduite de façon à établir ou attribuer des
fautes à caractère pénal ou encore à évaluer des responsabilités
individuelles ou collectives à caractère civil. Son seul objectif
est de tirer de cet événement des enseignements susceptibles de
prévenir de futurs sinistres du même type. En conséquence, lutilisation
de ce texte à dautres fins que la prévention pourrait conduire
à des interprétations erronées.
1* Rappel des circonstances du naufrage de
lErika et PROCÉDURES en cours
Le 11 décembre 1999, en milieu de journée, alors
quil effectuait en charge dune cargaison de 30000t de
fioul n°2 un voyage de Dunkerque à Livourne (Italie), le pétrolier
maltais Erika a été victime, pendant sa traversée par gros
temps du golfe de Gascogne, dune défaillance de sa structure.
Celle-ci a entraîné, dabord une prise de gîte importante,
puis, après rectification de celle-ci, la cassure de sa coque quelques
heures après. Cette avarie majeure a entraîné le naufrage immédiat
du navire alors quil se trouvait à une trentaine de milles
nautiques (mn) dans le Sud de la pointe de Penmarch en Bretagne.
Les deux parties du navire ont ensuite coulé à environ 120m de fond,
à peu de distance du lieu de la cassure, malgré une vaine tentative
de remorquage de la partie arrière.
Tout léquipage a été assisté et évacué, sain
et sauf, par les moyens de la Marine nationale coordonnés par le
Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (cross)
de lAtlantique à Étel. À la suite de ce naufrage, une partie
importante de la cargaison et des soutes du navire sest répandue
en mer. Cette pollution, très difficile à combattre, compte tenu
de la nature du produit transporté et dune situation météorologique
très mauvaise, a ensuite souillé plusieurs centaines de kilomètres
de côtes depuis la pointe de Bretagne jusquà lembouchure
de la Gironde.
Lenquête technique a été effectivement ouverte
par le bea-mer le 12/12/99 au matin dès confirmation du sinistre
par le cross.
Les contacts ont été pris dès le 13/12 avec les
autorités maritimes maltaises qui ont, de leur côté, désigné une
Commission denquête. Lomi a été prévenue, le même jour,
par le bea/mer. Les autorités maritimes indiennes et italiennes
sont rendues également destinataires de la présente contribution
provisoire, conformément aux dispositions du Code denquête
de lomi, du fait de la nationalité des membres de léquipage
et de celles des personnes physiques et/ou morales concernées par
la propriété réelle et la classification du navire, ainsi que la
gestion nautique et/ou la certification de celle-ci.
Les magistrats chargés des suites judiciaires de
cet événement, à savoir le procureur de la République près le Tribunal
de grande instance de Paris et le premier juge dinstruction
de cette même juridiction ont été informés par le bea-mer de cette
ouverture denquête, conformément aux dispositions particulières
du décret du 20/01/81. Ils sont rendus destinataires de la présente
contribution.
La Commission a également noté que TotalFina avait
introduit auprès du Tribunal de commerce de Dunkerque un
recours contre les armateurs. Ce tribunal a demandé à un expert
judiciaire détablir les faits afin de lui permettre de statuer.
La Commission a enfin été informée de la création
éventuelle, suite au sinistre de lErika , dune
Commission parlementaire denquête sur les pratiques de
la navigation commerciale internationale en matière de sécurité,
au sein de lAssemblée nationale. Elle lui communiquera ses
travaux dès que cela lui sera demandé.
2* LEXPLOITATION DE LERIKA
LErika était exploité dans le cadre
dun dispositif complexe mais courant en ce qui concerne les
pétroliers affrétés au voyage (au "spot"). Ce dispositif
fait intervenir des propriétaires réels qui pourraient être,
compte-tenu des sources publiques disponibles (publications
du Lloyds Shipping Register, presse spécialisée) MM.
Vitiello et Savarese, armateurs napolitains (groupes Euromare et
Italmare notamment), peut-être à travers la société grecque drytank
s.a. / Cardiff Marine dirigée par M. Economou.
Ces armateurs ont confié le portage de la propriété
du navire à une filiale enregistrée à Malte, Tevere shipping. Cette
société ne possède que lErika. Il en va de même pour
la vingtaine dautres sociétés maritimes dépendant de drytank
et de la douzaine dépendant de MM. Vitiello & Savarese.
Tevere a ensuite confié la gestion nautique du navire ("shipmanagement")
à Panship (qui pourrait être une filiale du groupe Savarese selon
certaines sources) dont le siège est à Ravenne. Panship est dirigé
par M. Antonio Pollara qui assure dans le cadre de la certification
ism du navire la fonction de "personne responsable". Cest
Panship qui a ensuite recruté léquipage par le biais de Panship
mumbai, sa filiale indienne de recrutement ("manning")
des gens de mer ("crewing agency").
Drytank / Tevere semble avoir ensuite frété le
navire à temps à la société helvético-bahaméenne Selmont/Amarship
(qui serait elle même liée aux sociétés Morimor Trust enregistrée
aux Bahamas et Morgan & Morgan enregistrée
au Panama ). La Commission a cependant noté, sans incertitudes,
que cest bien Selmont qui était larmateur disposant
de lErika au moment des faits et que les ordres de
route au navire étaient donnés depuis Lugano par M. Ducci de
Amarship agissant au nom de Selmont, mais "as agent only".
Le fret a été encaissé sur un compte bancaire ouvert au nom
de Selmont (à lattention de M. Moriani) à lagence de
Lugano de la filiale suisse du Crédit Agricole Indosuez.
Lensemble de ce dispositif a paru complexe
à la Commission. Elle a constaté quà la date de rédaction
du présent rapport, aucune des personnes morales ou physiques précitées
navait estimé utile de se manifester auprès delle, ni
même de se faire connaître par quelque voie que ce soit. Seuls les
assureurs de la coque et de la responsabilité civile de larmateur,
se sont fait connaître par lintermédiaire de leurs avocats.
La mma, interrogée sur ce point, a indiqué quelle ne connaissait
que la société nominalement propriétaire du navire et na pas
encore fait parvenir au bea/mer les informations nécessaires à lidentification
de ses dirigeants et de ses partenaires (probablement dautres
personnes morales installées dans dautres places "offshore").
Dans létat actuel des choses, la propriété réelle de lErika
nest donc pas publiquement revendiquée. La mma a tenu
cependant à souligner que le navire était correctement assuré conformément
aux dispositions de la Convention internationale sur la responsabilité
civile pour la pollution par les hydrocarbures.
La Commission a estimé que cette opacité patrimoniale
était préoccupante. Bien que ce soit une pratique courante dans
les milieux de la navigation commerciale, elle ne permet pas de
remonter aux véritables décideurs, ce qui est inacceptable..
Certes, le "Protecting & Indemnity
club" (p&i) concerné, lassureur londonien en responsabilité
civile, SteamShip Mutual Underwriting Association, enregistré aux
Bermudes, a mis en place un fonds dindemnisation relayé par
un fonds particulier à lindustrie pétrolière, le fipol, pour
faire face aux conséquences de cette pollution. Ces fonds, bien
quimportants, sont limitatifs et dans le cas où les dédommagements
à verser seront supérieurs aux montants garantis, il ne sera pas
possible de se retourner contre les propriétaires réels qui pourront
dans le cadre du même système, continuer à exploiter les autres
navires-citernes dont ils semblent disposer, cest-à-dire notamment
les Luigi S, Zagara, Edovia, Giula Seconda, Vincenzina,
etc. Tous ces navires sont exploités dans les même conditions, cest-à-dire
sous pavillon maltais, et par le biais de Panship. Ils disposent
également des mêmes assurances que lErika, contractées
collectivement dans les mêmes conditions et simultanément auprès
des mêmes compagnies. Tous ces navires ont, à des titres divers,
déjà appelé lattention des autorités chargées du contrôle
des navires dans les ports descale.
Compte-tenu du système dassurances obligatoires
propre aux navires-citernes, il est possible que les armateurs réels
de lErika ne subissent aucune conséquence financière
du fait du sinistre le concernant, sinon une majoration encore hypothétique
de leurs primes dassurance.
La Commission a été informée, sous réserve de vérifications
ultérieures, quune partie de la flotte actuellement gérée
par Panship serait en cours de transfert à la société de gestion
nautique ("shipmanagement") monégasque V Ships
(groupe Vlassov) du fait de la réticence de certains affréteurs
pétroliers à les utiliser suite au sinistre de lErika.
TotalFina France, qui a produit dans sa raffinerie
de Mardyck le fioul lourd transporté par lErika, a
vendu de son côté cette cargaison à Total Bermudes, lequel a confié
à Total Londres le soin de traiter laffrètement du navire
via un courtier londonien, Petrian Shipbrokers. Le montant de laffrètement
peut être estimé à 230000$. La cargaison de 30000t a été achetée,
pour environ 4m$, rendue à destination, pour livraison à Livourne
/ Milazzo, à la société italienne de production électrique Enel
qui a payé directement Total Bermudes. Au moment du sinistre, la
cargaison de lErika appartenait bien au seul groupe
Total.
Laffrètement de lErika a été
fait après examen de son état par le service dinspection interne
de Total qui sest appuyé à cet effet sur des visites du navire
réalisées par ses soins et / ou ceux dautres groupes pétroliers
mettant en commun leurs notations dans une même base de données
(cf. § 3.1* infra). Le navire a été reconnu par Total
comme affrétable "au voyage" (en "spot")
mais non "à temps" (pour une certaine durée) pour lesquels
ses critères sont plus rigoureux. La Commission a enfin noté que
Total navait pas estimé que labsence de "traçabilité"
patrimoniale du navire pouvait faire obstacle à son affrètement.
il lavait dailleurs affrété au voyage quatre fois au
cours des derniers mois.
En effet, la Commission a noté que TotalFina considérait
la société Tevere comme une " coquille vide "
et quil "ignorait tout de ce quil y avait derrière".
Il est donc acquis que ce groupe navait pas consulté lensemble
de la documentation nautique disponible avant les affrètements de
lErika auxquels il a procédé en 1998 et 1999. Le sérieux
de Panship, par contre, ne lui paraissait pas sujet à caution compte
tenu du fait quil avait travaillé à quatre reprises avec elle
depuis quelques mois. TotalFina estimait que cela suffisait pour
garantir la qualité de son transport. La pollution en cours montre
que cela ne permettait pas dassurer, de façon certaine, un
plein dédommagement, le groupe propriétaire ayant manifestement
organisé son irresponsabilité au delà des montants assurés et des
actifs symboliques détenus par Tevere.
La Commission a encore relevé que lErika
était, comme la plupart des "product-tankers" de
son âge, exploité pour le transport des produits noirs (fiouls,
goudrons), cest-à-dire les plus polluants, mais les
moins exigeants en matière de qualité des citernes et de qualité
de nettoyage entre deux chargements. Les produits blancs (gazole, essence, kérosène, naphta) sont
beaucoup plus dangereux à cause de leur inflammabilité, mais moins
polluants du fait de leur volatilité même. Il sagit en outre
de produits exigeants en ce qui concerne la propreté des citernes.
Ce sont généralement les "product-tankers" les
plus récents qui sont affectés à leur transport. Les navires âgés
affectés principalement au transport des produits noirs sont, statistiquement,
plus susceptibles daccidents que les navires récents. Force
est donc de constater que les produits pétroliers les plus polluants
sont transportés par les navires les moins sûrs.
3* LErika et son équipage
3.1* Le navire
3.1.1* GÉNÉRALITÉS
Le navire a été construit en 1975 au Japon, au
chantier Nasado Dock. Co. Ltd de Kudamatsu. Cétait
à lorigine un transport de produits à 13 citernes et
deux lignes de manutention (circuit de chargement), avec deux "sloptanks"
(citernes à résidus liquides).
De manière à prévenir la pollution par rejet des
eaux de ballastage et se mettre ainsi en conformité avec les conventions
internationales sur les ballasts séparés, 4 citernes ont été dédiées
à cette fonction : les latérales 2 et 4, servies par une ligne
indépendante.
Les principales caractéristiques du navire étaient
les suivantes :
· longueur hors tout : 184,03m
· longueur entre perpendiculaires
: 174,00m
· largeur hors membres :
28,00m
· tirant deau maximum
: 10,99m
· creux : 14,99m
· port en lourd : 37,283t
· ballasts séparés
· gaz inerte (sauf dans
les citernes de ballasts)
· dispositif de réchauffage
cargaison jusquà 70°c
· moteur de propulsion Sulzer
Oil 2sa 8 cy 680 x 1250 - puissance 9709 kw
· 2 générateurs électrique
de 500 kw.
Compte tenu de sa date de construction (1975),
ce navire était considéré comme "pré-Marpol". Il était
à simple coque Ses ballasts séparés (sbt : "segregated ballast
tanks") auraient été aménagés en 1997. Il nétait
pas doté dun système de lavage au brut (cow : "crude
oil washing").
lErika nétait pas non plus automatisé
(ums). Il y avait donc un quart permanent dans la machine.
Il était doté dun système de réchauffage
(jusquà 70°), pour les cargaisons qui, tel le fo2, le nécessitaient.
La Commission a enfin noté quil était certifié ism et validé
y2k (an 2000) par le rina.
La Commission a retenu de tous les témoignages
qui lui ont été apportés, que le navire paraissait bien entretenu,
que ses équipements étaient réglementaires mais sans plus : calculateur
de cargaison de première génération, pas de teléjaugeage des citernes,
vannes de cargaison exclusivement manuelles. En ce qui concerne
plus spécialement le calculateur de cargaison, il était de la marque
Kokums à clavier digital et il pouvait imprimer les moments fléchissant
et les efforts tranchants.
Limpression générale de la Commission sur
le navire est quil sagissait dun navire ancien
apparemment en bon état général, mais équipé a minima, et
dont les installations et les éléments visibles avaient mieux vieilli
que la structure, dont le contrôle était, à lévidence, plus
difficile à réaliser en continu.
Le navire a porté, sous plusieurs pavillons (la
plupart de libre immatriculation) plusieurs noms, ce qui laisse
présumer des changements de propriété, avec en conséquence des changements
de société de classification :
· 1975 : Shinsei
Maru nk
· 1977 : Glory Ocean
nk
·
1984 : Intermar
Prosperity nk
Berwick Shipping ltd / Intermarine
·
1985 : South Energy
nk
South energy Shipping company
/ Wallem Shipmanagement
·
1990 : Jahre Energy
Gaymont Inc. Monrovia abs
Jarhe
·
1993 : Prime Noble
Desert Peace ship. Co. Ltd. Malta bv
Sapha Maritime Enterprise (Nicosie)
·
1996 : Nobless
Tevere Shipping co Ltd Malta bv
Drytank-Cardiff / Starship Management
·
1998 : Erika
Tevere Shipping co Ltd Malta rina
Panship Management
La Commission a relevé, au cours des quinze dernières
années, la succession dau moins cinq gestionnaires nautiques
différents, ce qui est pour le moins révélateur dun risque
de discontinuité dans lentretien du navire
La Commission a enfin noté que, depuis 1975, le
navire avait aussi changé plusieurs fois de société de classification,
généralement à loccasion de changement de propriété et/ou
de gestionnaire nautique. Toutes ces sociétés sont membres de liacs
("International Association of Classification Societies").
qui regroupe les sociétés de classification les plus importantes
et les moins sujettes à caution. Toutes ces sociétés ont délivré
des titres de sécurité au nom du gouvernement maltais conformément
aux délégations que celui-ci leur a donné.
3.1.2* Classification et certification ISM
Classé à lorigine au nkk, le navire est ensuite
passé à labs, puis au bv de 1993 à 1998. Il a subi une visite
spéciale en novembre 1993 puis une visite intermédiaire en juin
1996. Le 23/06/98, ses armateurs ont décidé de le transférer au
rina à la veille dune "Special Survey"
obligatoire. Conformément à la procédure toca ("transfert
of class agreement") cest la société "preneuse"
qui doit assumer toutes les prescriptions de la société "cédante"
sans omission. Cette dernière (rina) a ensuite notifié au bv lexécution
de ses prescriptions. Cette formalité est contrôlée par laics.
La Commission a noté que le rina certifiait également
le navire au titre du code ism depuis le 3/06/98, cest à dire
avant son transfert de classe qui nest officiellement intervenu
que le 1/08/98.
Le dernier carénage du navire a été effectué au
chantier monténégrin Bjiela en août 1998 (le suivant était prévu
le 28/02/01), époque où le rina a procédé à la visite spéciale,
la plus complète, qui couvre notamment les aspects structurels.
Un relevé dépaisseur des bordés (échantillonnage) faisait
apparaître une diminution normale, de lordre de 10%, mais
atteignant 26% dans les ballasts, les anodes en zinc installées
(protection cathodique contre la corrosion) dans ces ballasts ayant
pour leur part perdu 25% de leur poids, ce qui indique un revêtement
(peinture ou couverture époxy) dégradé ou incomplet et en conséquence
une oxydation certaine des cloisons, bordés et renforts (raidisseurs)
de ces espaces. Cette corrosion a été confirmée lors des récentes
explorations de lépave par engin sous marin téléopéré (rove)
et le représentant de la Commission qui y a participé a pu la noter
le long des raidisseurs des parois visibles de la citerne de ballast
n°2. Lors du dernier carénage réalisé dans des conditions, qui nont
pas encore été portées à la connaissance de la Commission, il semble
quun tonnage important (100t) de tôles ait été changé sur
lavant du navire.
Par la suite le rina a effectué une visite annuelle
le 17/08/99 et une visite occasionnelle le 22/11/99, à Augusta (examen
des ballasts en présence dun représentant de Panship). Ces
visites nont apparemment a priori donné lieu à aucune
observation. La Commission a cependant été informée que le rina
aurait demandé au cours de cette dernière visite un renforcement
de certaines parties de lavant. Les armateurs auraient du
y procéder à lescale suivante à Cartagène. Une entreprise
se serait présentée à bord pour les réaliser, mais après examen
des parties à renforcer aurait différé les travaux faute de matériel.
Aux escales suivantes, à La Corogne et à Dunkerque, aucune entreprise
envoyée par larmateur ne sest présentée pour les réaliser.
La Commission par lintermédiaire de la mma,
seule réglementairement compétente en la matière, sest adressée
au rina pour obtenir les éléments nécessaires à la vérification
de létat du navire du point de vue structurel et confirmation
de ce qui précède. La demande a porté notamment sur les points suivants :
· plan de structure générale,
· développement de bordé,
· coupe au maître,
· cloisons transversales,
· visites annuelles 98/99,
· rapport de la visite spéciale
daoût 1998, avec relevé des épaisseurs et emplacements
des sondages,
· protection des citernes
de ballastage,
· tout rapport technique
fait par le rina depuis 1998 (Occasionnal Survey,
Special Survey, visite annuelle,
· cas de chargement usuels,
moments de flexion et efforts tranchants admissibles.
Il conviendrait également de disposer des renseignements
relatifs aux performances exactes du calculateur de chargement.
En ce qui concerne le dossier navire encore détenu
par le bv la Commission a pu le consulter assez tardivement et après
autorisation de la mma. Par contre elle est au regret de constater
que le dossier navire du rina ne lui a pas encore été communiqué.
Cette absence de transparence envers un organisme dÉtat réglementairement
chargé dune enquête technique conduite en application des
dispositions pertinentes de lomi, est pour le moins regrettable.
La Commission en a retiré limpression que les armateurs de
ce navire faisait tout pour retarder létude par les autorités
maritimes françaises de documents indispensables à lappréciation
de son état réel.
3.1.3* Inspections par létat du pavillon
La Commission a noté une visite par lÉtat
du pavillon, en loccurrence Malte, le 08/05/99. En fait, Malte
a confié à des sociétés de classification la certification des navires
battant son pavillon, en loccurrence le rina, sagissant
de lErika. Il semble que les inspections maltaises
consistent, en fait, en un contrôle occasionnel des experts des
sociétés de classification délégataires de ses attributions en matière
de délivrance de titres.
3.1.4* Inspections par létat du port
(PSC)
À ce titre le navire a été contrôlé :
·
le 17/04/96 à Milazzo (Italie) : une déficience sur
les embarcations de sauvetage ;
·
le 05/07/96 à Gdynia (Pologne) : rétention
pour plusieurs déficiences essentiellement dans la machine, due
au fait quelle était à cette époque mal entretenue ;
·
le 22/08/96 à Punta Delgada (Portugal) : quelques
déficiences, dont certaines, récurrentes, dans la machine et une
relative aux treuils et guindeau ;
·
le 16/01/97 à La Nouvelle Orléans : quelques déficiences
concernant essentiellement le système de lutte contre lincendie
;
·
le 11/12/97 à Rotterdam : rétention pour plusieurs
déficiences dont une corrosion sur cloison ;
·
le 20/05/98 à Stavanger (Norvège) : de nombreuses
déficiences (11), dont trois relatives à la sécurité incendie
et aux installations électriques, et une faisant état dune
corrosion de coque (sans détention) ;
·
le 12/11/99 à Novorossiysk (Russie) : quatre déficiences
concernant la peinture des marques de franc bord, les combinaisons
dimmersion, les bouées couronnes et les équipements de pompiers.
En substance, la Commission a noté que :
Þ le navire a été visité au titre
du psc tous les ans (depuis 1996 le délai de 6 mois entre deux visites
na dailleurs pas été respecté) ;
Þ il na été détenu que 2 fois dont une pour corrosion
;
Þ par deux fois des corrosions ont été relevées (coque et
cloison) sans autre précision ;
Þ la dernière visite, un mois avant le naufrage, ne sest
intéressée quà des questions de matériels ou déquipement
;
Þ le target factor (coefficient de ciblage)
du navire, qui prend en compte un certain nombre de paramètres critiques
(pavillon, antécédents,
etc.) et qui est établi par les organes
chargés du psc, nétait que de 12.
Il ny a pas eu de contrôle approfondi au
titre du psc de la structure du navire. En effet ces inspections
se font en escale et pendant les opérations commerciales ce qui
rend difficile la descente dans les citernes, même celles dédiées
au ballastage. Les deux inspections de décembre 1997 (Rotterdam)
et de mai 1998 (Stavanger) ne font pas mention de la situation ism
du navire.
3.1.5* Les inspections préalables aux affrètements
Il existe des banques de données privées, à destination
des affréteurs, et accessibles à titre onéreux, concernant la qualité
des navires-citernes. On peut citer celle éditée par la firme américaine
Mackenzie. Sa dernière édition disponible (1999) indique pour le
groupe détenant lErika une note de 2/5. En ce qui concerne
plus particulièrement lErika , la note Mackenzie est
basse (1/5). La Commission na pas dinformation sur les
critères utilisés pour cette notation et a relevé que les groupes
pétroliers, pour la plupart, ne considéraient pas les notes de cette
société comme entièrement fiables et quils préféraient sappuyer
sur les inspections physiques réalisées par des inspecteurs dépendant
directement de lindustrie pétrolière.
Préalablement à un affrètement, la plupart des
grandes sociétés pétrolières font en effet procéder à des visites
des navires susceptibles de leur convenir, navires qui figurent
dans un fichier commun de 12000 navires-citernes.
Ces visites appelées " vetting "
(contrôle de sécurité) sont effectuées par leurs inspecteurs (techniciens
de la réparation navale et officiers de la marine marchande) qui
en font un rapport normalisé (qui peut être assorti de commentaires).
Ce document entre ensuite dans la base de données sire ("Ship
Inspection Report") commune à certaines sociétés pétrolières
telles que, notamment exxon, mobil, shell, bp, total, elf (mais
pas repsol). La plupart des sociétés se font confiance mutuellement
en matière dinspection.
Les rapports comportent 14 rubriques : généralités,
certification et documentation, équipage, moyens de navigation,
ism, prévention de la pollution, structure, moyens de manutention
de la cargaison et du ballast, ins (inertage des citernes), moyens
de mouillage, machines et appareil à gouverner, aspect général,
capacité de transfert de cargaison de navire à navire.
La Commission a noté que les citernes, même celles
dédiées au ballastage, sont, là aussi, rarement visitées du fait
des opérations commerciales. L"inspection" dans
ce domaine est donc essentiellement documentaire. Le bord, par contre,
doit essayer de visiter les citernes de ballasts tous les trois
mois. La Commission a constaté que cela avait été fait par le bord
et que les commandants successifs de ce navire avaient fait état
de corrosions dans certains ballasts.
Après une visite satisfaisante ou assortie de peu
de prescriptions que larmateur atteste avoir réalisées, laffréteur
fait connaître son accord pour un affrètement dune durée limitée
en fonction de lâge du navire :
Þ de 0 à 10 ans :
24 mois
Þ de 10 à 20 ans :
18 mois
Þ plus de 20 ans :
12 mois, mais le plus souvent au voyage.
LErika nétait affrété quau
voyage : il navait pas de groupe électrogène de secours,
une seule chaudière, et pas de compresseur de secours. Ces équipements,
non réglementaires lors de la construction, participent en fait
à la sûreté dexploitation commerciale. Total a dailleurs
indiqué, quen ce qui le concerne, il naffrétait quau
voyage, cest-à-dire pour seulement quelques jours ou quelques
semaines, les navires de plus de 15 ans. Suivant les standards de
Total, lErika naurait pas été affrétable à temps,
cest-à-dire pour des périodes de plusieurs mois ou plusieurs
années.
Cest dans ce contexte que lErika
a été visité sept fois pendant sa dernière année dexploitation.
Le 21/11/98 à Mellilli, pour Total :
Þ citernes et ballasts (non inspectés),
complètement enduits époxy (?), anodes dans les ballasts ;
Þ enduits du peak et des ballasts latéraux en mauvais état
;
Þ réfection du bordé de pont tranche 1 et ballasts latéraux.
Le 25/01/99 à Thessalonique, pour Stasco :
Þ enduits dorigine des ballasts
non visités en plus ou moins bon état ;
Þ pas de protection cathodique
;
Þ corrosions, manque
détanchéité des espaces sous la teugue (rectifié).
Le 03/04/99 à Porto Torres (Sardaigne), pour Texaco :
Þ pas dinspection interne.
Le 20/11/99 à Termimi Imerese (Italie), pour Texaco
Þ pas dinspection interne,
mais, selon le capitaine qui a pu visiter les capacités :
· citernes
et ballasts partiellement enduits (époxy) mais seulement le fond
et le plafond ;
· enduits
en plus ou moins bon état ;
· pas
danodes dans les citernes de cargaison mais seulement dans
les citernes de ballast ;
· anodes
ayant perdu 25% de leur volume ;
· pas
de criques visibles ;
· bon état
des tuyautages ;
· pas de
trace de fuites.
Le 23/11/99 à Augusta (Sicile), pour Exxon :
Þ quelques plans requis par la procédure
iacs pour le transfert de classe manquent,
Þ dautres documents
requis par lÉtat du pavillon et le rina manquent également,
Þ les revêtements des
ballasts seraient en mauvais état
un expert du rina les visite
le lendemain, mais ne leur trouve rien danormal
et qui puisse affecter la cote :
Þ le calculateur de chargement
ne calcule (et nimprime) que les efforts tranchants et les
moments fléchissants, pas la stabilité.
Þ bon état général de
la coque et le pont est bien peint.
Le 23/11/99 à Augusta (Sicile) pour bp Amoco :
Þ le navire a changé de propriétaire
en mars 1997 ;
Þ il arrive de Novorossyk
;
Þ cest le premier
voyage du commandant sur ce navire (et le premier voyage du second
capitaine dans ses fonctions à bord) ;
Þ la passation de suite
avec le commandant précédent sest faite normalement et le
nouveau commandant a lexpérience de ce genre de navire ;
Þ le navire paraît âgé,
il y a quelques chancres profonds sur le pont mais la coque semble
être en bon état.
·
Le nouveau commandant note,
comme son prédécesseur, que les cloisons des citernes de ballast
sont corrodées avec des oxydations foisonnantes et des détachements
de plaques de rouille.
Le 03/12/99, à La Corogne, pour Repsol, mais il
ny a pas eu de transmission du rapport dinspection au
sire, Repsol ny adhérant pas. La Commission a noté que cette
dernière inspection navait pas été faite avant laffrètement
du navire mais après son déchargement.
Par ailleurs, le navire avait les " lettres
dacceptation " suivantes :
·
Repsol du 03/12/99 au 02/05/00
·
Texaco du 20/11/99 au 20/08/00
·
Exxon du 22/11/99 au 21/11/00
·
Shell du 25/01/99 au 24/01/00
Il convient cependant de remarquer que sur ses
quarante derniers voyages, soit depuis septembre 1996, pratiquement
aucun de ces groupes pétroliers (adhérent ou non au système sire)
na affrété lErika , à lexception de Shell
(en décembre 1997) et de Repsol (en novembre 1999) chacun pour un
seul voyage de quelques jours. Seul parmi eux, Total a affrété le
navire quatre fois en 1999. Il ne lavait jamais fait auparavant.
Les trois précédents voyages de lErika pour le compte
de Total concernaient des transports de pétrole brut en provenance
dAlgérie et de Russie à destination de Varna en Bulgarie.
En substance :
·
lErika a effectivement
été souvent visité, dautant plus quil nétait,
ces dernières années, le plus souvent affrété quau voyage
;
· ces inspections
semblent avoir été faites par des officiers compétents et consciencieux :
beaucoup de commentaires additionnels, temps passé à bord (10 heures
et plus) ;
· mais aucune
inspection de structure, notamment dans les ballasts pour lesquels
ils ne font que reprendre les observations des capitaines. (il est
rappelé que le dernier capitaine, embarqué seulement depuis le 21/10/99
à Sébastopol a fait les mêmes observations que son prédécesseur).
Dans létat actuel de ses connaissances la
Commission estime quil ny avait probablement pas concordance
entre les certificats du navire (tels quils ont été émis au nom des autorités
maritimes maltaises par le rina ou encore du propre chef de celui
ci), les conclusions de ces rapports dinspection et
létat réel de la structure du navire dont lévidente
faiblesse a été révélée a posteriori par la rupture de la
coque.
La Commission a dailleurs noté que, selon
les témoignages du bord, la corrosion des cloisons séparant les
citernes de ballast des citernes de chargement, avec en pied de
cloison des foisonnements et détachement de plaques de rouille,
constituait un indice précurseur daffaiblissement de la structure.
La Commission a également noté quun certain
nombre de tôles (une centaine de tonnes) avaient été changées en
1998 et peut-être en 1999, notamment dans la partie avant du navire
(probablement au chantier monténégrin de Bjiela). Ces travaux ont
du être suivis par le rina. Leur détail na pas encore été
porté à la connaissance de la Commission.
La Commission a enfin relevé que lun des huit "sister-ships"
de lErika avait déjà été envoyé à la démolition
3.2* Léquipage
Léquipage de lErika était composé
de 26 officiers et marins, effectif correspondant à celui dun
navire non automatisé et sur lequel il y a un quart dans la machine.
La totalité de léquipage était de nationalité
indienne. Le recrutement avait été fait par lintermédiaire
de la Herald maritime services de Bombay, agent pour lInde
de Panship, gestionnaire nautique du navire ("shipmanager").
Les contrats de travail prévoyaient les durées dembarquement
suivantes :
·
5 à 7 mois pour les officiers,
·
9 mois pour le personnel dexécution,
·
11 mois pour les élèves officiers ("cadets").
Au 23/11/99, en ce qui concerne les officiers, la situation détaillée
des temps de présence dans la compagnie Panship, dexercice
de la fonction, dancienneté dans le grade, dexpérience
des pétroliers et enfin de séjour à bord de lErika
était la suivante :
| |
Compagnie (ans)
|
Grade (ans)
|
Pétrolier (ans)
|
Bord (mois)
|
|
Commandant
|
moins dun an
|
3 ans
|
6 ans
|
1 mois
|
|
Second Capitaine
|
3 ans
|
1 an
|
3 ans
|
3 mois
|
|
Premier lieutenant
|
1 an
|
1 an
|
2 ans
|
5 mois
|
|
Second lieutenant
|
1 an
|
1 an
|
5 ans
|
6 mois
|
|
Chef-mécanicien
|
2 ans
|
2 ans
|
4 ans
|
1 mois
|
|
Second-mécanicien
|
moins dun an
|
moins dun an
|
4 ans
|
1 mois
|
|
Troisième-mécanicien
|
5 ans
|
3 ans
|
4 ans
|
5 mois
|
|
Quatrième-mécanicien
|
1 an
|
moins dun an
|
2 ans
|
5 mois
|
La Commission a constaté que cet état-major était
à bord depuis peu de temps et quil pouvait, de ce fait, ne
pas être complètement au fait des caractéristiques du navire. Cependant,
il disposait dans son ensemble dune bonne connaissance du
transport pétrolier et dune expérience certaine. En ce qui
concerne le commandant, il avait, avant dembarquer, passé
48 heures à Ravenne chez Panship et avait bénéficié avec son prédécesseur
dune période de passation de suite de 4 jours à Sébastopol.
On peut noter que cet équipage était dune
grande homogénéité et que sa cohésion paraissait bonne comme en
témoigne le déroulement de lévacuation, notamment lors de
la mise à leau par très gros temps de lembarcation de
sauvetage. En ce qui concerne plus particulièrement le commandant,
la Commission a noté que cet officier, âgé de 35 ans, disposant
dune solide formation maritime et dune expérience de
plus de 15 ans à la mer, avait, en létat de ses connaissances,
rempli correctement ses fonctions. Il a quitté son navire le dernier
et en prenant avec lui les principaux documents de bord.
La Commission sest également posée la question
de savoir sil existait à bord une langue de travail commune
compte tenu de la diversité linguistique de lInde. Létat-major
se servait couramment de langlais. Cest dans cette langue
que tous les documents du bord étaient tenus. Pour le personnel
dexécution cette connaissance de langlais est moins
établie.
4* CHRONOLOGIE
(les heures indiquées ci-dessous sont en utc +
1 sauf en ce qui concerne la reprise des messages qui est
faite avec leurs heures démission cest-à-dire
en utc)
* LErika
a été affrété fin novembre par Total. Le navire était à
lépoque à Cartagène en cours de chargement dune cargaison
de fioul destinée à La Corogne où le navire a fait escale du 3 au
5/12. Il avait précédemment chargé le 12/11/99 à Novorossyk une
cargaison de pétrole brut à destination de Augusta /.Termini Imerese
(Italie) quil y a déchargée entre le 20/11/99 et le 23/11/99.
Les transits entre ces ports, se sont faits, le plus souvent, par
gros temps.
* Le
navire est arrivé en provenance de La Corogne (transit sur ballast
complet peak avant,
citernes de ballast n°2 et 4 latérale par gros
temps avec un vent de sws) devant Dunkerque le
07/12/99 à 10H18. Il était alors sur ballast avec un
tirant deau (te) avant (av) de 3,50 m et un te arrière (ar)
de 6,50 m, soit une assiette positive de 3m.
* Le
pilote est monté à bord le 07/12 à 16H30.
Le navire lui a paru tout à fait normal.
* Le
07/12 à 20H42, le
navire est à quai le long de lappontement pétrolier de chargement
de la raffinerie de Mardyck appartenant à TotalFina.
* Le
chargement de fioul n°2 (fo2), à haute teneur
en sulfure a commencé le jour même à 23H30 et sest terminé
le 08/12 à 15H54.
* Le
chargement a été effectué, conformément aux dispositions arrêtées
entre le bord (second capitaine) et la terre (raffinerie) au vu
des indications données par le calculateur Kockums de chargement
du bord, avec vérification toutes les heures (la sortie papier de
cet ordinateur est demeurée à bord du navire, au pc cargaison).
* Aucun
incident na été relevé au cours du chargement. La Commission
a constaté que si la raffinerie connaissait exactement la situation
du chargement en fin dopération, elle ne connaissait pas la
séquence de chargement des citernes. Le chargement sest effectué
sur deux bras avec un débit de 1000m3/h chacun
. Si lassiette du navire a pu être faiblement négative avant
la fin du chargement, il apparaît quelle a été annulée en
fin de chargement par le remplissage (environ à 50%) des citernes
de ballast n°4 latérales.
* Le
navire a chargé 30884t de fioul, soit 884t de plus que prévu, mais
moins que sa capacité totale (37283 t). Il conservait à bord une
quantité, difficile à apprécier, de résidus de lavage dans les citernes
ad hoc. Il disposait également dune quantité de soutes limitée
et qui aurait été de 280t pour le fioul de propulsion, 132t de diesel-oil
pour les générateurs électriques et denviron 300t deau
douce.
* Au
départ du navire, la situation des différentes capacités était la
suivante (voir schéma en annexe navire) :
·
peak avant : vide,
· citernes de
la tranche 1 : remplies au 2/3,
· citernes centrales
2, 3, 4 et 5 : pleines,
· ballasts latéraux
2 : environ 100t à bâbord et 100t à tribord,
· citernes latérales
3 : pleines,
· ballasts latéraux
4 : à moitié pleins.
* Ce
chargement a entraîné des te à lavant comme à larrière
de 10,50m. Le te milieu na pas été pris et il nest donc
pas possible de connaître la valeur du contre-arc propre à ce type
de navire en charge.
* Le
produit est transporté à une température moyenne de 60/65°.
* Le
navire a appareillé le 08/12 à 19H00 pour Livourne et le pilote
a débarqué à 23H30. Dans son rapport de manuvre, celui ci
a constaté le bon état général extérieur du navire "qui
ne faisait pas son âge" (15/20 ans au lieu de 24), le bon
fonctionnement de la machine et des équipements participant à la
manuvre, ainsi que la compétence de léquipage.
* Pendant
toute sa navigation en Manche, le navire a trouvé du gros temps,
avec des vents de w à sw force 7/8 (30 à 35 nuds) et des creux
de 3 à 4 m.
* Il
sest réglementairement signalé lors de son passage devant
Cherbourg (cross Jobourg) le 09/12 à 23H01 (vent w/sw.7 - mer forte) puis
au large dOuessant (cross Corsen), le 10/12
à 14H07 (vent sw.8 - mer forte) , alors quil entrait
dans la voie descendante du dispositif de séparation de trafic (dst).
Il na alors fait état daucune difficulté particulière.
Entre Jobourg et Corsen, compte tenu des conditions de
mer, sa vitesse a été de 8,7nuds (vitesse normale : 12,5 nuds).
* Il
a ensuite, à la sortie du dispositif de séparation du trafic dOuessant,
pris un cap au 210 pour rallier le cap Finisterre au nw de la péninsule
ibérique (voir dossier cartographique) à la vitesse moyenne de 6,8
nuds.
* Lerika
semble avoir ensuite navigué jusquau 11/12 à 14H18 par très
gros temps : le vent est wsw force 9 (plus de 40 à 45 nuds),
la houle dwsw et la mer du vent sont grosses (plus de 6m de
creux). Le navire tangue fortement et retombe pesamment dans les
creux ; de lourds paquets de mer sabattent sur le pont
et le balayent sans relâche.
* À
partir de 12H40 le 11/12, le navire prend progressivement
sur tribord une gîte évaluée à une dizaine de degrés. Le commandant
fait sonder les capacités. On constate alors que la citerne de ballast
n°2 tribord qui aurait du être presque vide se trouve à moitié pleine
et que le niveau de la citerne de cargaison centrale n°3 qui aurait
du être pleine ("ullage" de 1,45m) a fortement
baissé. Le commandant estime alors quune partie de la cargaison
de fioul de la citerne n°3 centrale est passée dans le ballast n°2
tribord. Il fait alors vider le ballast n°4 tribord, jusque là à
moitié plein deau de mer. Ce déballastage durera de 13H30
à 15H30.
* À
14H08, il lance un appel de détresse par inmarsat C (télex).
Ce message est reçu, via France Telecom, par le cross dÉtel.
* À
14H11, le cross accuse réception sur inmarsat C de ce
message et essaye en vain de rentrer en contact phonique avec le
navire.
* À
14H15, le commandant de lErika (probablement
par vhf) prend un contact avec le porte conteneur Nohdic qui
se trouve à proximité en vue dune assistance éventuelle pour
prévenir (probablement par Inmarsat A radiophonie) ses
"armateurs" à Ravenne. Le Nohdic lui indique ne
pas être arrivé à établir ce contact.
* À
14H18, le navire étant partiellement redressé (gîte résiduelle
de 5°), le commandant met en fuite (route au 030) pour pouvoir faire
une inspection du pont sans exposer ses hommes aux paquets de mer
qui le balayent de façon continue.
* À
14H30, le second capitaine lui rend compte quil
a trouvé dans le bordé de pont sur lav du ballast n°2 tribord :
·
3 fissures (ou criques)
Þ une transversale denviron
1,5m ouverte de 1 à 2cm,
Þ une diagonale de environ
2,4 ouverte de 5cm,
Þ une longitudinale denviron
1,5m ouverte de 1 à 2 cm ;
· 3 plis (ou
boursouflures) de flambage, de 2 à 3,5m de long et de 7cm de hauteur,
espacées denviron 60cm.
* À
14H34, le commandant met ces défaillances du bordé de
pont sous surveillance. Il fait réduire lallure de la machine
de 105 à 90 puis à 75 tours / minute (t/m). Il estime alors ne plus
avoir besoin dassistance et annule son appel de détresse transformé
dès lors en message de sécurité (mayday en pan).
* À
14H38, lofficier coordonateur des moyens de sauvetage
(csm) en fonction au cross dÉtel prévient lofficier
de permanence (osem) du Centre opérationnel de la Marine à Brest
en lui faisant part de ce quil sait de la situation.
* À
14H55, un contact en phonie est enfin établi sur la fréquence
hf2182 entre le cross et le commandant de lErika. Ce
dernier confirme au cross les termes de son message. Il indique
que tout va bien à bord, que la gîte tribord est sous contrôle et
confirme quil ne demande plus assistance. Ce sera la seule
communication en phonie que le commandant de lErika
aura avec le cross.
* À
15H10, le commandant de lErika a un contact
radio avec un autre navire marchand non encore identifié (Sea
Trader ?) toujours en vue dune assistance éventuelle pour
prévenir par radio phonie satellite ses "armateurs" à
Ravenne. Ce navire lui indique être arrivé à nouer ce contact avec
la "personne désignée" (au sens du code ism
International safety management du terme) chez Panship.
* à
15H30, en fin de déballastage du ballast n°4 tribord,
lassiette du navire est de - 0,6 m. Le ullage de la citerne
de cargaison centrale n°3 est de 3,5m et celui du ballast n°2 tribord
est de 5m. Les ballasts n°2 tribord et bâbord sont mis en communication
jusquà équilibrage de leur niveau. Le navire a une légère
gîte sur bâbord et les efforts subis sont inférieurs aux limites
admissibles.
* Le
11/12 à 16H25, le commandant de lErika prévient
le cross de son changement de cap et annule le message de sécurité
(pan) qui avait lui même succédé à lannulation de son message
de détresse (mayday).
* Le
11/12 à 16H27, après avoir obtenu un contact en phonie
(à 16H12 via Radio Monte-Carlo) avec son "armateur", en
fait la "personne désignée" chez Panship dans le cadre
de la certification ism du navire, le commandant de lErika
met le cap au 085, machines réglées sur av1/2, pour aller se mettre
à labri à Donges. Des contacts sont pris (sur la base des
n° indiqués par Panship) par le commandant avec le siège parisien
de TotalFina, puis avec lagent général de Panship en France,
lAgence maritime Pommé de Port-de-Bouc laquelle désigne à
son tour lagence maritime Stockaloire à Donges pour traiter
de cette escale improvisée. Cette nouvelle route rapproche lErika
de la terre et dun abri mais lexpose aussi à laugmentation
de la houle à lapproche du plateau continental (vent et mer
sur larrière du travers tribord).
* Vers
17H30, pour éviter que le fioul contenu dans la citerne
n°1 tribord ne fuie en cas de propagation des criques dans le bordé
de pont de cette citerne, le commandant de lErika fait
effectuer un transfert du fioul de cargaison de cette citerne vers
la citerne n°1 centrale (lune et lautre partiellement
remplies). La citerne de cargaison n°1 centrale se trouve alors
pleine tandis que la citerne de cargaison n°1 tribord se retrouve
à moitié vide (ullage de 7m).
* Également
vers 17H30, le cross prévient par un message de type
sitrep la Préfecture maritime avec copie à lensemble des autorités
concernées (y/c à toutes fins utiles le bea/mer et la Capitainerie
du port de Saint-Nazaire) de ce quil sait de la situation
du navire. Nen étant pas encore informé, le cross ne fait
évidemment pas mention dans ce message des avaries de pont du navire.
Le premier message de détresse (mayday) ayant été annulé et transformé
en simple message de sécurité (pan), il y a tout lieu de croire
que la situation à bord est correctement maîtrisée.
* À
17H44, le cross demande au commandant de lErika
de préciser le port de refuge mentionné dans son message de 17H25.
* À
18H30, les deux ballast latéraux n°2 sont équilibrés
avec un ullage de 10m. Leur traverse de communication est fermée.
* À
19H05, le commandant de lErika en réponse
à la demande du cross lui indique quil sagit de Donges
quil compte atteindre le lendemain à 18H00.
* La
météo est toujours aussi mauvaise et le navire fatigue beaucoup
du fait du roulis, du tangage et aussi des paquets de mer sur le
pont. Ces paquets de mer entraînent probablement des entrées deau
dans le ballast n°2 tribord par les fissures constatées sur le pont
mais dans des quantités quil est difficile dapprécier.
* À
21H15, le commandant du port de Saint-Nazaire indique
au cross que lagent désigné par les opérateurs de lErika
est Stockaloire qui a pris contact avec lui. Il indique que le représentant
de cette agence a indiqué que le navire avait une forte gîte et
quil aurait constaté des fissures. La Commission note que
cest la première fois que ces fissures sont ainsi portées
à la connaissance des autorités maritimes françaises. Le commandant
du port de Saint-Nazaire indique que le navire peut accoster à Donges
en dépit de sa gîte mais quil ne pourra pas le faire sil
y a des fuites de fioul, aucun barrage nétant susceptible
dêtre installé en Loire du fait du courant.
* À
21H20, le cross demande au commandant de lErika
de préciser la situation exacte des fuites entre ses citernes en
vue den avertir le port de Saint-Nazaire.
* À
21H20, le cross informe la Préfecture maritime des développements
de la situation de lErika .
* À
22H27, le commandant de lErika fait parvenir
au cross un message surnav qui précise la position du navire au
46 55N / 006 04W, son cap au 90, sa vitesse à 9 nuds, ses
prévisions de te à larrivée soit av à 11,9m et ar à 10,5m
ainsi que sa cargaison de 30824t de produits pétroliers. Ce message
indique également que des criques se sont développées sur le pont
à hauteur de la citerne n°2 tribord.
* À
22H50, le commandant de lErika fait parvenir
au cross le message complémentaire suivant : " RYT SHORT WHILE AGO. THERE WAS INTERNAL LEAK FROM 3C C.O.T.
TO 2 STBD TANK AND
SO VSL LISTED HEAVILY.
NOW HAVE EQUALISED 2 PORT AND 2 STBD TANKS SO LIST IS CORRECTED.
HAVE ALSO SEEN CRACKS DEVELOPPED ON THE MAIN DECK PLATING ABOVE
2 STBD TANK. HOWEVER HULL PLATING SEEMS TO BE INTACT. HAVE ALTEReD
COURSE TOWARDS DONGES AS IT IS THE SAFEST COURSE TO AVOID ANY SHIPPING
SEAS AS IT IS VERY BAD WEATHER. ALSO HAVE INTERNAL TRANSFERED 1
STBD TANK CARGO TO 1 CENTRE TANK TO LOWER THE LEVEL IN ANTICIPATION
IF CRACK DEVELOPS FURTHER. MEANWHILE KEEPING A WATCH. "
* À
23H30, le cross informe la Préfecture maritime des nouveaux
développements de la situation de lErika . Une copie
de lensemble des messages échangés avec le commandant de lErika
est joint à ce message circonstancié.
* Le
12/12/99 à 00H00, le vent est de sw 9/10. La mer est
très grosse. Une nouvelle gîte de 3 à 4° apparaît sur tribord. Le
ullage du ballast n°2 tribord est de 5 à 6m. Le commandant fait
vidanger ce ballast de leau quil contient. Cette opération
durera jusquà environ 03H00.
* De
manière à atténuer les fatigues du navire, à
01H00, le commandant de lErika met le cap
au 050 jusquà 04H10,
* À
partir de 03H00, les cassures sagrandissent. Le
navire gouverne difficilement.
* À
03H30, une fuite du fioul de la citerne n°3 tribord est
constaté, le ullage y est passé de 1,5 à 4m. Le cap est mis au 085
pour rallier Donges au plus vite.
* À
03H30, à 03H40, puis à 03H50, le cross essaie, en vain,
de rentrer en contact avec le commandant de lErika
en utilisant la fréquence de détresse hf2182. Puis, il lui demande
sa position par message.
* À
04H05, le cross reçoit le commandant de lErika
précise : " VSL
PRESENT POSTN 47 11N 004 54W, COURSE 095 DEG, SPEED 9,0 KTS ".
* Vers
05H00, le bordé de muraille du ballast n°2 tribord souvre
sur la moitié de sa longueur et se rabat sur le pont.
* Vers
05H10, le navire ne gouverne plus.
* À
05H54, le commandant de lErika signale la
déchirure de la coque entraînant une voie deau. Il lance un
nouvel appel de détresse et demande lévacuation de son équipage.
La Préfecture maritime est informée de la situation et
le cross prend en charge la direction des opérations de sauvetage.
* À
06H20, le bord signale que les tôles de bordé continuent
à sarracher.
* À
07H37, les moyens aériens dévacuation, tenus jusque
là en alerte, sont mis en uvre.
* Entre
08H08 et 08H20 le navire souvre, probablement au
départ dune crique de bordé qui a ensuite parcouru toute la
coque. Le navire se plie, le pont faisant charnière à hauteur des
citernes n°3.
* À
08H28, le navire se brise.
* À
09H12, lhélitreuillage de léquipage commence.
Les deux morceaux de la coque se séparent.
* À
10H43, le dernier homme de léquipage (26 hommes)
est évacué. Tous sont sains et saufs.
* La
partie av du navire (environ 80 m) a dabord flotté verticalement,
gaillard davant au-dessus de leau grâce à la flottabilité
demeurant dans le peak av et les citernes de la tranche n°1. Elle
a coulé dans la nuit du 13 au 14/12.
* La
partie arrière (environ 100m) après un essai de remorquage par lAbeille
Flandres qui sest avéré inopérant, a coulé le 14/12
à 14H45 par 120m de fond.
* Au cours des opérations
de remorquage, la passerelle de lErika a pu être visitée
le 13/12 à 14H20. Elle a paru être en bon ordre, mais ni les cartes,
ni le journal de bord, ni les blocs brouillons ne se trouvaient
à la timonerie. Le radar était encore en marche et la barre nétait
pas à zéro
5* les facteurs du sinistre : constats
& hypothèses
La Commission, à la date de rédaction de la présente
contribution, a bénéficié de nombreuses communications et sest
entretenu avec un grand nombre de personnes concernées par les causes
du sinistre. Cependant, elle na pas encore pu prendre connaissance
du résultat complet des investigations en cours sur lépave
ni non plus consulter toute les documentations techniques détenue
par le rina et les armateurs et qui restent à lui transmettre.
En létat actuel de ses connaissances et en
labsence déléments qui ne lui sont pas (encore) parvenus
ou que dautres enquêtes en cours ne lui ont pas permis dobtenir,
la Commission estime ne pas être encore en mesure de préciser de
façon avérée toutes les causes de ce naufrage. Elle pense cependant
pouvoir déjà formuler des hypothèses fondées.
5.1* Le chargement du navire
Sur les navires-citernes du type de lErika
, comme sur les vraquiers dailleurs, la séquence de chargement
est fondamentale pour limiter (v. schémas) :
·
les efforts tranchants : cisaillement
entre deux citernes voisines, lune pleine et lautre
vide, ce qui est le cas pour un pétrolier entre un ballast vide
et ses quatre cloisons, mitoyennes pour trois dentre elles
de citernes en charge, et de la mer pour la quatrième ;
· les moments
fléchissants : étirement du bordé de pont et contraction (flambage)
du bordé de fond, et réciproquement, si lon charge les citernes
des extrémités avant les citernes centrales, et réciproquement,
ce qui provoque arc et contre-arc ;
· les effets
de torsion : chargement des citernes tribord avant et bâbord arrière,
par exemple.
Afin de prévoir et donc de limiter ces efforts,
le chargement doit être programmé et vérifié sur le calculateur
de chargement du bord qui permet de vérifier que lon ne dépasse
pas les moments fléchissants et efforts tranchants admissibles.
Les collecteurs de manutention du navire ayant été raccordés à ceux
de terre en loccurrence par deux flexibles ou
bras, branchés sur le "manifold" (dispositif central
de répartition du chargement) puis mis sous pression (2 x 1000m3/h), il appartient alors à léquipage de répartir
le chargement entre les différentes citernes en suivant les indications
données et éditées par le calculateur.
Le "plan de séquence de chargement" de
lErika ne pourra malheureusement pas être exploité.
Il est en effet resté dans le pc cargaison situé au niveau du pont
principal du navire. Il est à noter que, contrairement à ce qui
se fait notamment pour le chargement de marchandises dangereuses,
la "terre" ne détient pas la copie dun tel document.
La Commission a toutefois observé que :
·
le navire transportait pratiquement
toujours le même genre de produit dans des quantités équivalentes,
soit 30000t environ, pour un port en lourd utile de 37000t ; .
· les officiers
du navire avaient tous une bonne expérience des pétroliers et avaient
procédé pour le moins à deux chargements similaires de lErika
depuis leur embarquement ;
· le sondage
des ballasts latéraux n°2 par le bord navait pas permis de
détecter de traces de fioul dans ces ballasts.
Aussi rien ne permet, en létat actuel des
choses, de penser que les conditions de chargement du navire à Dunkerque
puissent avoir contribué à la fragilisation du navire et constituer
des facteurs du sinistre. Au départ de Dunkerque, le chargement
du navire était très probablement conforme aux critères de stabilité
et respectait les critères de moment fléchissant et deffort
tranchant admissibles fixés par la réglementation.
5.2* La navigation & les fatigues du
navire
Dès son appareillage de Dunkerque le 08/12 et jusquau
moment du naufrage le 12/12, le navire a subi du gros temps qui
pour nêtre pas exceptionnel nen est pas moins peu courant,
puisquil confinait à la tempête.
Tanguant, roulant, tombant lourdement dans les
creux, embarquant dimportants paquets de mer, le navire à
inévitablement "travaillé" et plus particulièrement à
la flexion alternée, la coque pouvant être alternativement portée
par les crêtes de houle soit en son milieu, soit à ses extrémités.
Simultanément des efforts de cisaillement se font sentir dans les
murailles et les cloisons longitudinales. À ces effets se sont ajoutés
ceux résultant des accélérations et des chocs de la mer pouvant
conduire à des déformations locales.
Bien que construit dans un système essentiellement
"longitudinal", à prédominance de renforts longitudinaux
(cloisons, carlingues, lisses,
) pour une "souplesse"
optimum, lalternance des charges de traction et de compression
(flambement) subies par les bordés de pont et de fond conduisent
inévitablement à un affaiblissement des matériaux se traduisant
par diminution de la résistance à la fatigue, surtout dans la section
milieu de la tranche cargaison.
La Commission considère donc que les contraintes
naturelles représentées par létat de la mer lors de ce dernier
voyage (mais aussi de tous les précédents) constituent un facteur
aggravant certain, mais conjoncturel et auquel le navire aurait
du pouvoir résister.
5.3* La gîte prise par lErika
le 11/12 en milieu de journée
La gîte importante prise par le navire le 11/12
est due au passage de la cargaison de la citerne de cargaison centrale
n°3 (pleine) dans la citerne de ballast n°2 tribord (vide). La
Commission considère ce fait comme établi.
Pour expliquer ce "transfert", lhypothèse
la plus probable est la rupture dune grande partie de la cloison
mitoyenne entre ces deux capacités, du fait principalement de la
corrosion importante (oxydation foisonnante et plaques de rouille
en cours de détachement) qui sy développait, comme le rapportent
les inspecteurs chargés du "vetting" pour le compte
des affréteurs pétroliers le tenant eux-mêmes des différents équipages
ayant constaté le phénomène. Cest sans doute ce qui avait
suscité une visite du ballast n°2 tribord par un expert du rina
lors de lescale de lErika à Augusta le 23/11/99,
soit environ trois semaines avant le naufrage.
Ces "ballasts séparés" constituent
un point faible bien connu des navires de ce type et de cette génération.
Mal, peu, pas ou plus protégés par un revêtement (du genre époxy),
lalternance deau de mer de ballast et d"atmosphère
saline" y favorisent le développement et le foisonnement de
la corrosion, plus particulièrement dans les "recoins"
que constituent les lisses et leurs jonctions avec les tôles des
cloisons et des bordés quelles renforcent. De plus, le réchauffage
des citernes de cargaison produit des condensations dans les ballasts
adjacents favorisant le développement de la corrosion sans compter
les contraintes thermiques engendrées par les différences de température
des parois.
Par ailleurs, les cloisons de ces ballasts sont
soumis à la pression hydrostatique des citernes voisines.
Tel était le cas de la cloison longitudinale entre le ballast n°2
tribord (vide) et la citerne n°3 centrale (pleine).
Les mouvements de la surface liquide de la cargaison
dans les citernes, doivent enfin être mentionnées. Elles prennent
la forme de "vagues" ("sloshing") qui
heurtent violemment les cloisons par mauvais temps. Toutefois le
faible "ullage" de la citerne centrale n°3 (pour
ce voyage) a sûrement limité ce phénomène.
Le transfert dune partie de la cargaison
entre la citerne n°3 centrale (pleine) et le ballast n°2 tribord
(vide) a provoqué la gîte et a mis en charge la muraille de la citerne
de ballast n° 2 tribord, avec création dune carène liquide.
La défaillance matérielle représentée par cette
rupture dans la continuité de la cloison entre les capacités n°3
centrale et n°2 tribord constitue donc très certainement le facteur
déclenchant du sinistre.
5.4* Les criques et pliures constatées le
11/12 dans le bordé de pont au dessus de la citerne de ballast
n°2 tribord sur son avant
Après redressement du navire par vidange de la
citerne de ballast n°4 tribord et mise en communication ultérieure
des citernes latérales de ballasts n°2, il a été possible de mettre
le navire en fuite. Ces mouvements de poids ont eu globalement pour
effet de donner au navire une assiette négative évaluée à 0,6m,
ce qui provoqué une augmentation du contre-arc et donc le moment
fléchissant et des risques de flambement du pont.
Après ces mouvements, donc, le bord a constaté
3 criques et autant de plis sur le pont au dessus de la citerne
de ballast 2 tribord. Ces défauts peuvent être interprétés comme
les effets dune flexion de la tôle de bordé elle-même, privée
en tout ou partie de ses lisses et supportant seule le poids des
paquets de mer sécrasant plus particulièrement à cet endroit
du pont principal.
Il nest pas impossible que de leau,
recouvrant le pont depuis son "embarquement" et jusquà
son évacuation à la mer sous les batayoles, ait pu entrer, dans
des quantités indéterminées, dans le volume en partie commun alors
constitué par la citerne de cargaison n° 3 centrale et la citerne
de ballast n°2 tribord.
Cest dans cette séquence que sinscrit
le flambement du pont, lenfoncement de lavant et en
finale, louverture du bordé de muraille de la citerne de ballast
n°2 tribord, laquelle a permis une entrée deau massive.
5.5* La cassure du navire le 12/12/99
Le transfert constaté, le 12/12 au matin, de la
citerne de cargaison n°3 tribord qui a précédé de quelques heures
la cassure puis le naufrage du navire, a constitué le premier signe
tangible de la phase finale du sinistre.
Il semble donc bien que soit ainsi étayée lhypothèse
émise ci-dessus. Ce serait laugmentation des charges de la
poutre navire (moment fléchissant et effort tranchant) et la propagation
de proche en proche des déliaisons initialisées sur la cloison séparant
la citerne de cargaison centrale n°3 et la citerne de ballast n°2
tribord qui aurait conduit au sinistre.
5.6* Lensemble des défaillances matérielles
de lErika peut se résumer comme suit :
Lensemble des défaillances matérielles de
lErika peut se résumer comme suit.
Au départ, à la sortie de Dunkerque, le navire
est chargé en situation de contre-arc (flexion pont en compression),
comme tous les pétroliers à pleine charge. Il est à noter que leffort
tranchant est maximum au quart arrière et au quart avant du navire,
à savoir au droit de la cloison longitudinale de la citerne de ballast
n°2 tribord, qui supporte leffort tranchant avec le bordé
extérieur.
À la sortie de la Manche, le navire aborde le mauvais
temps bout à la lame. La cloison longitudinale entre le ballast
n°2 tribord (vide) et la citerne n°3 centrale (pleine), qui est
un des éléments de la structure se fissure, probablement au droit
dune lisse longitudinale. La cloison est sous pleine charge
hydrostatique. Elle est soumise au cisaillement de leffort
tranchant. Une contrainte thermique vient enfin sy ajouter.
Le bord prend linitiative, tout-à-fait logique,
de corriger la gîte en équilibrant les ballasts n°2 tribord et n°2
bâbord, et en vidangeant le ballast n°4 tribord. Cette dernière
action a tendance à augmenter le moment fléchissant en contre-arc
du fait de lassiette négative.
Le pont commence à flamber au droit du ballast
n°2 tribord, du fait defforts de compression trop importants.
Les plis constatés sur la tôle de pont semblent révéler que les
lisses de pont ont flambé et se sont, peut-être, désolidarisées
du bordé de pont. Ce flambement entraîne des cassures dans la tôle
de pont.
La semelle supérieure de la poutre navire voit
diminuer son efficacité du fait du flambement. Les efforts se reportent
sur le bordé de fond qui travaille en traction. Les tôles de fond
commencent à se fissurer. Le navire casse par traction dans les
fonds au droit de la cloison transversale entre les citernes n°2
et n°3 tribord, au couple 66, cette cloison demeurant attachée à
la partie arrière du navire.
Larrière et lavant pivotent autour
de la charnière constituée par le bordé de pont de la tranche 2.
Sous leffet des mouvements de la mer, les deux parties arrière
et avant se séparent en arrachant les tôles de pont.
5.7* Les déficits de comportement
En ce qui concerne le bord,
la Commission na pas relevé de déficit notable sauf en ce
qui concerne une éventuelle sous-estimation des fatigues engendrées
par la mer de lavant rencontrée après Ouessant et de lampleur
de la houle dans la route vers Saint-Nazaire à lapproche du
plateau continental.
Une fois la gîte constatée, en létat de ses connaissances
la Commission estime que , compte tenu des circonstances, le bord
a eu un comportement normal sagissant de mouvements de ballast,
et des routes choisies pour rallier un port de refuge. La Commission
a enfin constaté que le bord a peut-être présumé de la solidité
de la structure de lErika, mais rien dans les certificats
dont il disposait ne lui permettait den douter.
Toujours en ce qui concerne le bord, la Commission na pas
relevé dinformation tardive ni insuffisante du cross ayant
pu influer significativement sur la suite des événements.
En ce qui concerne la société
de classification rina, la Commission sinterroge
sur les raisons qui auraient pu la conduire à ne pas déceler en
temps utile les faiblesses de structure de lErika,
et sur les retards mis par ses services à communiquer leur analyse
sur les raisons de la perte dun navire quelle cotait
et dont elle certifiait la sécurité de sa gestion nautique pour
le compte de Malte.
En ce qui concerne les "armateurs"
de lErika et leur "shipmanager",
la Commission sinterroge sur leur degré exact de connaissance
des faiblesses de structure et sur les raisons qui motivent le manque
de transparence de la situation de propriété de leur navire.
La Commission constate que la cellule de crise dont ils auraient
du se doter na pas réellement fonctionné puisque ni le cross,
ni la capitainerie du port de Saint-Nazaire, ni ultérieurement la
Préfecture maritime nont eu avec elle de contacts, ni durant
la journée du 11/12, ni pendant la matinée du 12/12. La "personne
désignée" au sens du code ism sest contenté de transmettre
au commandant les numéro dappel des agents et de TotalFina.
Cest le commandant, pratiquement seul, qui a géré la crise.
En ce qui concerne les autorités
maritimes de lÉtat du pavillon, la Commission constate
quelles sont dépourvues de moyens dinspection propres
et capables de doubler les inspections des sociétés de classification
à qui sont déléguées la quasi-totalité de leurs fonctions de sécurité.
Elles sont donc, de ce fait, victimes des éventuels dysfonctionnements
des contrôles ainsi effectués par leurs mandataires. Leurs services
denquête maritime nont pas, jusquici, fait preuve
dune totale compréhension des exigences des investigations
en cours en ce qui concerne une transmission rapide et complète
des informations quelles devraient détenir tant en ce qui
concerne larmement que le navire.
En ce qui concerne les affréteurs,
la Commission constate quils ont bien mis en uvre un
dispositif dinspection avant prise en charge, mais quils
nont pas adopté pour leurs affrètements au voyage les critères
plus rigoureux quils utilisent pour leurs affrètements à temps,
voire pour les navires quils ont jusquà un passé récent,
détenu en pleine propriété.
Pour le port de Saint-Nazaire,
la Commission a constaté que son commandant a eu en temps utile
les réactions qui convenaient. Il na pas refusé laccès
de son port au navire malgré sa gîte, mais a souligné que sil
y avait des fuites extérieures, celles-ci ne pourraient être contenues
en Loire du fait du courant. Il fallait donc trouver un site de
refuge plus adapté à la rétention de la pollution pouvant résulter
de ces fuites.
Pour la Préfecture maritime,
la Commission a constaté quelle avait mis en uvre les
moyens dont elle disposait dès quelle a eu connaissance de
la gravité réelle de la situation.
En tout état de cause, dans la situation où il se trouvait, aucun
moyen naurait empêché lErika de se briser et
naurait pas permis de contenir, dès son apparition, la pollution
engendrée par ce sinistre.
6* Synthèse provisoire
La perte totale de lErika, dans létat
actuel des informations disponibles, est très probablement imputable
à une défaillance de la structure du navire.
Cette défaillance sest manifestée :
· par la rupture dune cloison
interne entre deux citernes,
· des déchirures de pont,
· puis la généralisation
dune déchirure du bordé de muraille et du bordé de fond.
Ceci a entraîné le "pliage" du navire,
le pont faisant charnière, puis sa cassure totale.
Ces faiblesses de structure nont été décelées,
ni par les sociétés de classification qui suivaient le navire, ni
par les agents chargés de sa gestion nautique, en dépit dindices
relevés par le bord ainsi que par les inspections vetting et/ou
psc.
Le comportement du bord nappelle pas dobservations
particulière. Il a fait ce quil pouvait avec les équipements
dont il disposait. Un comportement différent naurait sans
doute pas modifié le cours de lévénement.
Le comportement des services dÉtat chargés
en France du de la police en mer, du contrôle de la sécurité des
navires, de la surveillance de la navigation, de lorganisation
du sauvetage et de laccueil dans les ports, nappelle
pas, non plus, dobservations particulière. Aucune des actions
quils auraient pu entreprendre naurait sensiblement
modifié le cours de lévénement.
En revanche le comportement de la cellule de crise
des armateurs, telle que prévue par le Code ism, ne semble pas avoir
eu de consistance.
7* Premières recommandations
7.1*
La Commission souhaite que ladministration maritime maltaise, et
celle des autres États gérant un registre dimmatriculation
des navires, puisse se doter dun corps dinspecteurs
de la sécurité des navires, si elle nen disposent pas déjà,
proportionnel à la flotte quils immatriculent. Ces agents
devraient être notamment capables dapprécier la qualité des
inspections faites par les sociétés de classification.
Une série de pertes totales et sinistres récents,
dont a eu à connaître le bea/mer, montre en effet que lorsquelles
ne sont pas doublées par une vigilance constante des services de
lÉtat du pavillon, ces sociétés commerciales peuvent parfois
relâcher leur attention.
En ce qui concerne particulièrement les armateurs
de lErika, la Commission estime utile que les autorités
maritimes maltaises examinent avec attention tous les navires sous
pavillon maltais quils détiennent ou quils ont détenus
dans un passé récent directement ou indirectement et dexaminer,
en liaison avec les autorités chargées du psc, le cas de chacun
dentre eux avec pour objectif la suspension, en application
dun simple principe de précaution, des titres de navigation
de ces navires en cas de doute sur lampleur des déficiences
structurelles qui y seraient constatées.
La Commission indique également aux autorités maritimes
maltaises quil serait utile de se rapprocher du Rina et éventuellement
des autorités maritimes italiennes, en vue dune suspension
de la certification ism de Panship.
La Commission propose enfin à ces autorités de
souscrire à une modification des règles de lomi pour quobstacle
ne soit plus opposé par les armateurs et les États du pavillon à
une transmission complète, sans aucun délai et sans aucun préalable
de lensemble des documentations techniques détenues par les
sociétés de classification aux services chargés des enquêtes techniques
conduites dans le cadre la Résolution omi n°A849(20), de la Convention
internationale sur le droit de la mer ou des directives européennes.
7.2*
La Commission demande au rina
de publier rapidement, au titre de ses responsabilités de
société de classification, un document reprenant la totalité
de ses interventions sur lErika .
La Commission lui rappelle également quil
doit apprécier, en tant quorganisme
certificateur ism de Panship, les conditions dans lesquelles
la cellule de crise de cet opérateur a fonctionné et les carences
graves résultant de son absence de communication avec les autorités
maritimes et portuaires françaises les 11 et 12/12/99.
Elle estime que dans limmédiat, la certification
ism de Panship, et celle de tous les navires qui y sont gérés, en
application dun simple principe de précaution, devrait être
suspendue jusquà plus ample informé.
La Commission recommande également aux
sociétés de classification, quelles soient ou non
membres de liacs, de revoir entièrement les conditions dinspection
et de maintenance des navires-citernes "pré-marpol" ne
disposant que de ballasts aménagés dans des citernes construites
initialement pour y charger des produits pétroliers.
Elle leur recommande enfin de mettre, sans délais
et sans aucun préalable, à la disposition des services chargés des
enquêtes techniques conduites dans le cadre la Résolution omi n°A849(20),
de la Convention internationale sur le droit de la mer ou des directives
européennes, la totalité des documentations techniques dont elles
disposent sur un navire accidenté sans invoquer une confidentialité
commerciale qui dans le cas daccidents et de pollutions graves
na pas lieu dêtre.
7.3*
La Commission recommande aux sociétés pétrolières (y compris les négociants
en produits pétroliers qui se trouvent être en position daffréteurs)
daligner en matière de sécurité et de qualité des navires,
les conditions des affrètements au voyage dont elles peuvent avoir
besoin sur les conditions daffrètement à temps quelles
utilisent actuellement.
Elle estime aussi quelles devraient être
aussi exigeantes sur la qualité des navires (en termes dâge
moyen notamment) utilisés pour le transport des produits pétroliers
noirs (fioul, goudron, brut) que pour le transport des produits
pétroliers blancs (naphta, kérosène, essence, gazole).
La Commission recommande également aux affréteurs
de navires, en application dun simple principe de précaution,
de nutiliser que des unités dont la gestion et la situation
de propriété sont claires.
La Commission leur recommande aussi de ne pas affréter,
sans prendre les plus grandes précautions, des navires anciens
dont la propriété vient de changer depuis moins de 24mois et/ou
dont les conditions darmement viennent dêtre renouvelées.
La Commission leur recommande enfin de naffréter
aucun navire sans avoir recueilli tous les éléments psc disponibles,
et tous les éléments darchives le concernant. Les courtiers
d'affrètement les plus qualifiés sont dailleurs en mesure
de leur fournir ces informations au cas où elles ne les détiendraient
pas.
En outre, il serait prudent de leur part de ne
pas affréter de navire dont les armateurs ne leur garantiraient
pas, à tout moment et sans délais, laccès à la totalité des
documents de classification et de certification ism du navire comme
du siège dexploitation.
Pour les groupes pétroliers français, assurer à
nouveau sous leur pavillon national, la propriété directe, larmement
et lexploitation dune part majoritaire de la flotte
(bruts et produits) quils utilisent contribuerait sûrement
à réduire les incertitudes sur la qualité des navires utilisés.
Ceci vaut pour lensemble des autres groupes pétroliers.
7.4*
La Commission recommande aux raffineurs
& exportateurs dhydrocarbures, et dune
façon générale aux chargeurs, de prendre les dispositions nécessaires
pour que la copie du plan de séquence de chargement soit toujours
conservée par les établissements expéditeurs, à la disposition des
autorités maritimes ayant à en connaître en cas daccident
au titre de la Résolution omi n° A849(20) et de la Convention internationale
sur le droit de la mer.
7.5*
La Commission recommande que les inspecteurs
"vetting" des sociétés pétrolières sattachent
davantage à une inspection de structure et quils imposent
aux armateurs de les rendre aussi souvent que possible, réalisables.
Ceci implique également la consultation de toutes
les pièces des dossiers de classification et de certification du
navire et de son siège dexploitation.
7.6*
La Commission recommande que les inspections
conduites dans le cadre des psc sattachent également
à pratiquer des contrôles structurels, surtout lorsque de précédentes
visites ont déjà fait état de corrosions. Elle souligne lintérêt
de les doter des moyens techniques permettant les contrôles dépaisseur
et déchantillonnage.
La Commission recommande que les navires-citernes
"pré-marpol" soient affectés dune majoration significative
de leur "target factor" (coefficient de ciblage
pour visite psc), et que dune façon générale celui-ci ainsi
que les résultats des 12 précédentes visites psc soient communiquées,
à titre indicatif, aux affréteurs et aux courtiers qui les
demanderaient.
La Commission recommande que les projets de banques
de données concernant la qualité des navires en cours de constitution
(Equasis) et qui seront accessibles, à titre indicatif, à
lensemble des usagers de la mer, comprennent aussi toutes
les indications nécessaires sur la situation patrimoniale, sur les
assurances obligatoires, sur les gestionnaires nautiques et les
opérateurs commerciaux du navire.
7.7*
La Commission, toujours en application dun simple principe
de précaution, recommande que tous les navires-citernes
de plus de 20 ans, cest à dire "pré-marpol"
soient, dès lan2000, dûment inspectés structurellement au
moins une fois par an, et aux frais de larmateur, par une
Commission ad hoc.
Cette commission pourrait être constituée dun
expert de la société de classification qui classe le navire, dun
expert dune autre société de classification désignée par lÉtat
du port, dun inspecteur du psc assisté dun expert de
son choix dune autre société de classification, de représentants
qualifiés des "armateurs" (propriétaire et gestionnaire
nautique) dont la "personne responsable" désignée au titre
du Code ism, et dun membre de ladministration maritime
de lÉtat du pavillon en mesure dengager celui-ci.
Paris, le 13 janvier 2000
Georges Tourret Jean-Louis Guibert
annexe A
DÉCISION
n°765 BEA / IGSAM / METL
DU 13/12/99

annexe B
DOSSIER NAVIRE

Rappel de quelques definitions et généralités sur
les contraintes subies par un navire pétrolier à la mer
Le navire est assimilé à une poutre métallique
en équilibre sur leau (calme ou houleuse). Le semelles de
la poutre sont constituées par le fond et le pont, et lâme
par les bordés de muraille et les cloisons longitudinales.
Les contraintes de flexion (s)
sont crées par lintégration des variations de poids et de
poussée tout au long de la poutre. Elles caractérisent la résistance
du navire aux efforts densemble par traction et compression
des éléments longitudinaux.
Les contraintes de cisaillement (C) sont crées
par les variations de poids et de poussée. Elles caractérisent la
capacité de rigidité de la poutre pour résister aux efforts verticaux.
Les normes en vigueur (omi et iacs) définisssent
les limites supérieures pour un navire neuf. En flexion la contrainte
globale est la somme de la contrainte en eau calme s
ec et de la contrainte due à la houle s
h . On doit avoir :
s ec
+ s h < s adm






annexe C
CARTOGRAPHIE



annexe D
ÉLÉMENTS CHRONOLOGIQUES
CRossa 749846F
45 1408
125682011=ERIK X
125682011=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM IMMARSAT C
DATE 11-DEC-1999 13:Ø8:ØØ
REF 703524
------------- DISTRESS ALERT RECEVEID --------------
MOBILE TERMINAL NO : 425682Ø11
TO CES : 121
POSITION : 46.29N 7.20W
NATURE OF DISTRESS : UNSPECIFIED
COURSE : 192 SPEED : 6
ACTIVATION : OPERATOR ACTIVATED
POSITION ACTIVATED : YES
COURSE UPDATED : YES
----------------------------------------------------
@
CRossa 749846F
125682011=ERIK X
Message : 460 -..reçu Le 11/12/99 a 12 h O1
Cause de fin de communication : 13
cross a 950519F
345 1515
425682011=ERIK X
425682011=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM INMARSAT C
DATE 11-DEC-1999 14:14:48
REF 703710
TO,
MRCC ETEL (FRANCE)
FROM
MASTER, M.T. ERIKA
11 DECEMBER 1999
SITUATION UNDER CONTROL.VESSEL AND ALL CREW MEMBERS SAFE ON BOARD.
PLEASE CANCEL MY DISTRESS ALERT AND RECONSIDER THE MASSAGE AS SAFETY
MASSAGE. THANKS FOR YOUR PROMPT AND TYMELY REPLY.
BRGD
@
cross a 950519F
425682011=ERIK X
Message reçu Duree : 01mn 31sec 00 8002
CRossa 749846F
345 1434
125682011=ERIK X
125682011=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM INMARSAT C
DATE 11-DEC-1999 13:34:09
REF 703591
TO,
MRCC ETEL
FROM
MASTER, M.T. ERIKA
V/L LISTING HEAVILY, V/L IN POSITION 4629N,
00718W.STILL ASSESSING THE SITUATION. COMMING
BACK WITH TE ELEBROTED MASSAGE.IMMIDDIATE
ASSISTANCE NOT REQUIRED.
BGRDS
@
CRossa 749846F
125682011=ERIK X
Message reçu Duree : 01mn 24 sec 00 8001
cross B 950519F
345 1625
425682011=ERIK X
425682011=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM INMARSAT C
DATE 11-DEC-1999 16:25:05
REF 704038
TO,
MRCC ETEL (FRANCE)
FROM
MASTER, M.T. ERIKA
11 DECEMBER 1999
SITUATION UNDER CONTROL.VESSEL AND ALL CREW MEMBERS SAFE ON BOARD.
PLEASE CANCEL THE SAFETY MASSAGE. VESSEL PROCEEDING TO PORT OF REFUGE.
BRGD.
@
cross B 950519F
425682011=ERIK X
Message reçu Duree : 01mn 26sec 00 9001
cross A 950519F
345 1805
425682011=ERIK X
425682011=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM INMARSAT C
DATE 11-DEC-1999 17:05:32
REF 704132
TO,
MRCC ETEL(FRANCE)
FROM
MASTER, M.T. ERIKA
11 DECEMBER 1999
RYT VESSEL PROCEEDING TO PORT OF REFUGE AS DONGES. ETA 12TH DEC
1800LT
BRGD.
@
cross A 950519F
425682011=ERIK X
Message reçu Duree :
Total A 6163378F
345 1947
425682010=ERIK X
425682010=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM INMARSAT C
DATE 11-DEC-1999 18:46:30
REF 704364
TO :TOTAL DTS, SHIPPING DIV, PARIS, ATTN:MR.T.POLLARD
CC :AMARSHIP AG LUGANO
CC :PANSHIP RAVENNA
FM :M.T. ERIKA 11TH DEC99
REF :EK/2368/99
SUB : ERIKA C.P. 26/11/99 TOTAL
DATE :11TH DEC99
DESCRIPTION : IN POSTN 46 28N 007 20W TODAY
VSL STARTED LISTING HEAVILY TO STBD.
SEA CONDITIONS VERY ROUGHAND HEAVY SWELL.
AFTER ALTERATION OFCOURSE FOUND SOME CARGO
LEAKED FROM 3C C.O.T. TO 2STBD BALLAST
TANK.EQUALISED THE 2 STBD WITH 2 PORT TANK
AND CORRECTED THE LIST.
CONSEQUENCES : PRESENTLY FACING BAD WEATHER,
SO HAVE ALTERED COURSE.ANY INVESTIGATION FURTHER
IS HAMPERED DUE SHIPPING SEAS.
RGDS/MASTER
@
Total A 6163378F
425682010=ERIK X
cross A 950519F
345 2227
425682011=ERIK X
425682011=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM INMARSAT C
DATE 11-DEC-1999 21:27:26
REF 704670
TO : CROSS ETEL(FRANCE)
CC : POMME DONGES
FM : M.T. ERIKA 11TH DEC99
REF: EK/2369/99
SURNAV FRANCE
ALPHA ERIKA/9HEZ3/MALTA/256820000
BRAVO 11/12/99 GMT2036
CHARLIE
ECHO 090
FOXTROT 9.0 KTS
HOTEL 12/1200 UTC
INDIA DONGES
KILO 12/1330 UTC
MIKE CH 16
OSCAR DRAFT FOR 11.9M AFT 10.5M
PAPA FUEL OIL, 30824.471MT
QUEBEC HAVE DEVELOPPED CRAKS ON MAIN DECK PLATTING
ABOVE 2 STBD TANK.
UNIFORM PRODUCT TANKER
RGDS/MASTER
@
cross A 950519F
425682011=ERIK X
Message reçu Duree :
cross A 950519F
345 2250
425682011=ERIK X
425682011=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM INMARSAT C
DATE 11-DEC-1999 21:50:39
REF 704697
TO : MRCC ETEL(FRANCE)
CC : TOTAL PARIS
CC : PANSHIP RAVENNA
FM : M.T. ERIKA 11TH DEC99
REF: EK/2370/99
RYT SHORT
WHILE AGO. THERE WAS INTERNAL LEAK FROM 3C C.O.T. TO 2 STBD TANK
AND SO VSL LISTED HEAVILY.
NOW HAVE EQUALISED 2 PORT AND 2 STBD TANKS SO LIST IS CORRECTED.
HAVE ALSO SEEN CRACKS DEVELOPPED ON THE MAIN DECK PLATING ABOVE
2 STBD TANK. HOWEVER HULL PLATING SEEMS TO BE INTACT. HAVE ALTERD
COURSE TOWARDS DONGES AS IT IS THE SAFEST COURSE TO AVOID ANY SHIPPING
SEAS AS IT IS VERY BAD WEATHER. ALSO HAVE INTERNAL TRANSFERED 1
STBD TANK CARGO TO 1 CENTRE TANK TO LOWER THE LEVEL IN ANTICIPATION
IF CRACK DEVELOPS FURTHER. MEANWHILE KEEPING A WATCH.
RGDS/MASTER
@
cross A 950519F
425682011=ERIK X
Message reçu Duree : O2mn 38sec 00 800E
cross A 950519F
346 0406
425682010=ERIK X
425682010=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM INMARSAT C
DATE 12-DEC-1999 03:05:54
REF 704990
TO : MRCC ETEL(FRANCE)
FM : M.T. ERIKA 12TH DEC99
REF: EK/2372/99
VSL
PRESENT POSTN 47 11N 004 54W, COURSE 095 DEG, SPEED 9,0 KTS
RGDS/MASTER
@
cross A 950519F
425682011=ERIK X
Message reçu Duree
Total A 6163378F
346 0620
425682010=ERIK X
425682010=ERIK X
CI
FRANCE TELECOM INMARSAT C
DATE 12-DEC-1999 05:20:14
REF 705129
TO :TOTAL DTS, SHIPPING DIVISION
TOBY POLLARD
FM : M.T. ERIKA 12TH DEC999
THE
HULL PLATRING ABREST NO2 STBD SBT WASHED AWAY.HAVE TRANSMITTED DISTRESS
MASSAGE.PRESENT POSN 4712N 00435W
RGDS/MASTER
@
Total A 6163378F
425682010=ERIK X
