« Erika » : Le fuel de la
zizanie
La publication d'un surprenant
communiqué sur la composition du pétrole de l'Erika sème
le trouble à l'Institut national de l'environnement et des risques.
Chaude ambiance à l'Institut national de l'environnement et des risques.
Raison : la publication sur le site de l'Ineris d'un communiqué assurant
que le fioul de l'Erika serait bien un fioul dit «numéro 2»,
à savoir un brut ordinaire et non pas un déchet industriel toxique.
Or l'Ineris n'a jamais été appelé à se prononcer
sur ce thème.
Mieux, les échantillons analysés par l'Ineris ne permettent pas
de le savoir.
Tout débute fin août lorsque paraît sur le site de l'Ineris
un communiqué, sans date ni auteur, intitulé "Composition
du fuel contenu dans l'Erika".
Le texte assure que les "analyses des polluants arrivés sur les
plages du littoral de l'Atlantique (...) ont confirmé les résultats
obtenus par le laboratoire de l'Institut français du pétrole et
le LPTC de l'université de Bordeaux et sont compatibles avec la composition
classique d'un fuel n°2".
Et de préciser qu'il "n'a pas été trouvé d'autre famille de substances qui pourraient indiquer une origine autre que pétrolière".
Emoi dans l'Institut.
D'autant que le véritable auteur, Eric Vandimian, directeur des "risques
chroniques", explique aujourd'hui qu'il a agi "en accord avec le comité
de direction de l'Ineris". Mais la Direction de la communication cherche
encore une trace de cette décision.
"Il est clair que ce texte n'a pas été validé par
nos soins et il ne l'aurait pas été car il pose problème",
assure Marie Pierre Bigot, la directrice du service communication.
Et pour cause, poursuit André Cicolella, un des auteurs des deux rapports
sur le fioul de l'Erika : "Le ministère de l'Environnement nous
a demandé de nous prononcer sur la toxicité du produit récolté
sur les plages et non pas de savoir si c'était du <<numéro
2>> ou pas. De plus, nous n'avons pas d'éléments nous permettant
de le dire".
Résultat des courses : bien que le texte ait été rapidement
retiré du site Internet de l'Ineris, il continue à provoquer des
remous.
L'objectif de l'auteur était-il d'aller, maladroitement, dans le sens
de la version officielle ? De faire plaisir à Total, dont un représentant
siège au conseil scientifique de l'Institut?
Rien de tout cela, selon Eric Vandimian : "L'idée était simplement
de dire ce que l'Ineris pense objectivement du produit". En attendant,
l'Association des bénévoles d'Erika trouve là matière
à alimenter le débat sur la composition réelle du fioul.
"Il faut avouer que ça commence à faire", s'insurge
Rossano Pulpito, le président de l'ABE.
Simple loi des séries ?