Les mazoutés aux basques de Total
L'association des bénévoles
de l'Erika passa à l'attaque ... et Total poursuit son marathon judiciaire,
de nouveau cette fois devant le tribunal de grande instance de Brest.
L'association demande en l'occurrence à être associée au collège d'experts déjà
désigné par le tribunal des Sables d'Olonne et réclame que soit pratiquée une
analyse complète du fioul craché par l'Erika.
En ligne de mire : le Benzalkonium, un produit chloré que le patron du laboratoire
privé varois Analytika, Bernard Tailliez, aurait découvert après avoir effectué
des prélèvements ... et qui ne devrait pas se trouver là.
"Le fioul numéro deux est en principe composé à 85 % de résidus de raffinage
de pétrole, auxquels on ajoute une coupe fraîche de 15 %, destiné à la rendre
plus fluide", explique le président de l'association Rossano Pulpito. "On se
demande si Total n'a pas remplacé cette coupe fraîche qu"il aurait valorisée
pour faire du gazole par exemple, par un produit artificiel chloré et hautement
toxique. C'est ce que devra déterminer l'expertise."
Produit chloré
"Ridicule"
rétorque l'avocat de TotalFina.
Philippe Rames ne veut toutefois pas jeter la pierre aux bénévoles
à qui un hommage est rendu pour leur active participation à la
lutte antipollution. Il est loin toutefois d'éprouver la même gratitude
à l'égard d'Analytika.
"Total n'a jamais rien voulu cacher sur le produit transporté
et n'a pas non plus ajouté quoi que ce soit comme produit chloré.
L'association, certainement de bonne foi, se fait manipuler par une officine
qui ne recherche que son crédit".
Le tribunal se prononcera vendredi sur l'expert, le seul apparemment à
même de pouvoir trancher la polémique.
Autre question que les associations anti-marée noire se posent : où
sont passées les quelques milliers de tonnes de fioul qu'on ne retrouve
pas dans les comptes du pompage ?
L'amiral Naguet Radiguet qui avait invité hier à Brest le collectif
de Saint Nazaire, a répondu dans les limites des évaluations possibles.
Total estime qu'on retrouve entre 9 et 10 % de fioul dans les déchets
récoltés, soit environ 20.000 tonnes. Quelque 10.000 autres ont
été pompées dans les deux parties de l'épave, 1.000
par la marine au mois de décembre.
Il resterait donc une zone d'ombre sur 1.000 à 2.000 tonnes.
Au large de Penmarc'h, TotalFina qui a achevé le pompage principal de
l'épave s'est lancé dans les finitions, opération qui consiste
à aller chercher ce qui reste de polluant dans tous les recoins du navire.
Cela devrait prendre plusieurs semaines, vraisemblablement jusqu'à la
fin du mois de septembre.