Controverse sur la cargaison de l'« Erika »
Le Figaro - Lundi 31 Janvier 2000

Christophe Doré
.....................
   La marée noire a touché une nouvelle fois les îles du Morbihan et les plages de Ploemeur, près de Lorient, ce week-end. Aujourd'hui, la phase de nettoyage «terminale» doit com-mencer pour dépolluer les zones de rochers.
   Par ailleurs, un laboratoire indépendant, Analytika, conteste la faible dangerosité de la cargaison de l'Erika. Il constate « une multitude de substances hautement cancérigène » dans la cargaison du pétrolier. Selon ses analyses, l'Erika ne transportait pas du fioul lourd n°2 mais un chargement de déchets industriels spéciaux (DIS). Totalfina a catégoriquement démenti, hier, ces affirmations.
   Contacté par Le Figaro, Bernard Tailliez, titulaire d'un doctorat de chimie et responsable du laboratoire Analytika, a persisté dans ses propos. « J'ai été intrigué par la spécificité du transport et par les voyages de l'Erika vers l'Italie. J'ai demandé à un ami de prélever un échantillon. J'ai pu me fournir

un échantillon de fioul n°2 pro-venant de la raffinerie de To-talFina en Provence. Le comparatif entre les deux produits ne fait aucun doute , affirme-t-il. La cargaison de l'Erika présente de forte différence avec le fuel lourd »
   Bernard Tailliez n'y va pas par quatre chemins: « Il est invraisemblable que les dispositions adéquates n'aient pas été prises d'urgence par TotalFina et les autorités impliquées
  La cargaison contiendrait
« une multitude
de substances hautement cancérigène »

dans la dépollution. Ces responsables ont laissé les bénévoles dans l'ignorance la plus complète de la toxicité inhérente aux fractions pétrolières lourdes pourtant reconnues cancérogènes par le reste du monde », écrit-il. Mais Bernard Tailliez va plus loin. «Nos résultats démontrent que la composition du rejet analysé est très différente de celle du fioul n°2 de référence, et très proche

de celle du résidu laissé par une opération de raffinage poussé d'un fioul n°2, afin d'en récupérer les dernières fractions valorisables. »
   En clair, la cargaison de l'Erika serait, selon lui, un produit classé Déchets Industriels Spéciaux (DIS) dont Total cherchait à se débarasser à moindre coût, transgressant la réglementation européenne très stricte sur ce point.
   De son côté, TotalFina a réaffirmé que la cargaison de l'Erika était bien du fioul n°2 issu de la raffinerie des Flandres utilisé comme combustible industriel ou pour alimenter des diesels lents. « Notre fioul n°2 est un mélange de fonds de distillation auquel nous rajoutons des additifs pour un problème de viscosité », a expliqué au Figaro Michel Fontaine, responsable de la filière déchets de TotalFina. Il a rappelé que les seuls déchets sortant des raffineries étaient essentiellement des boues de nettoyage et que la totalité du pétrole brut était

exploité à travers différents niveaux de distillation. « Quant au caractère cancérigène de ce produit, nous ne l'avons jamais nié. Tous les produits pétroliers sont cancérigènes. Mais je vous renvoi aux conclusions des medecins qui ont écarté toute dangérosité pour les bénévoles. » Le centre anti-poisons de Rennes n'a pas décelé de risque grave pour les volontaires travaillant à la dépollution au début des opérations. Enfin, Michel Fontaine a émis l'hypothèse que l'échantillon du laboratoire Analytika ne soit pas du fioul de l'Erika. « Il n'est pas possible que cela provienne du dégazage d'un autre pétrolier car, quand on dégaze, les produits sont beaucoup plus liquides », rétorque Bernard Tailliez. Son échantillon a été prélevé le 4 Janvier sur l'île de Groix, le point le plus proche de l'épave. On attend toujours le résultat des analyses de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA) sur la dangérosité du produit sur les aliments. Bernard Tailliez demande, pour sa part, qu'un échantillon soit directement prélevé dans l'épave pour confirmer son travail.


http://www.labo-analytika.com