Marée noire : la facture du chacun
pour soi
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Christophe Doré
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Le Conseil économique et social (CES), dans un
avis qui sera présenté officiellement par le rapporteur Michel
Muller mardi prochain, révèle des erreurs flagrantes dans la gestion
de la marée noire causée par le naufrage de l'Erika.
Dysfonctionnement dans le traitement de la catastrophe,
communication désordonnée et contradictoire, sous-estimation de
la gravité de l'évènement ou improvisation, les critiques
ne manquent pas sous la plume des membres de la section «cadre de vie»
du Conseil.
Ils confirment, après la publication du document de synthèse de
l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) reconnaissant
le danger réel engendré par la toxicité de la cargaison
du pétrolier, la légèreté qui a prévalu dans
le traitement de cette affaire.
Pour le CES, il est essentiel que la France dispose d'un
Ministère de la Mer «doté des moyens humains et financiers
lui permettant d'assurer sa mission» pour éviter de tels dysfonctionnements
dans le futur.
Force est de constater que les recommandations du CES, faites en Avril 1978
après le naufrage de l'Amoco Cadiz, n'ont jamais été
suivies d'effets.
«Les pavillons de complaisance persistent,
rapporte l'institution, la pratique des sociétés écrans
continue de masquer les identités réelles des propriétaires
de cargaisons, affréteurs, chargeurs, transporteurs.»
Quant au préjudice écologique, il n'est toujours pas établi
faute de «valeurs de référence» rappelle le
CES.
Les membres de la section analysent sans complaisance
le fonctionnement des organismes de recherche et d'expertise ayant participé
aux opérations: «Tous ces organismes s'ignorent le plus souvent,
chacun observant son «milieu» bien circonscrit, selon son propre
champ d'intérêt. Biologistes et naturalistes, chercheurs de laboratoire
et de terrain s'inscrivent dans des logiques différentes, parfois rivales,
en fonction, dans certains cas, des déroulements
de carrière offerts aux uns et aux autres,
critiquent-ils.
Sur la mise en place du plan Polmar, l'institution s'étonne du «niveau
d'impréparation constaté au regard de la minutie des mesures préconisées»
par les textes.
Le CES révèle notamment qu'en Loir-Atlantique
le plan Polmar n'avait pas été révisé depuis 1993
et que la dernière simulation remontait à 1984. La liste des reproches
est longue: «Matériels obsolètes, inadaptés et
insuffisants (40km de barrages flottants...), des lieux de stockage de déchets
non prévus (anciennes carrières fermées), un manque de
coordination entre les différents services ou avec les élus, informations
et consignes parfois contradictoires»... Les collectivités
locales ne sont pas épargnées, car certaines ne s'étaient
pas dotées de plans d'intervention en cas de marée noire.
Face à cette situation, la population qui s'est mobilisée s'est
heurtée au «manque de moyens, aux lenteurs administratives,
au manque de transparence dans les informations diffusées concernant
la toxicité du fioul et les méthodes de nettoyage à employer».
Sur la gestion de la crise sanitaire, le CES retient que la puissance publique
s'est trouvée d'autant plus dépourvue qu'aucune norme de concentration
en hydrocarbures n'existait et que peu de laboratoires étaient à
même de produire les analyses adéquates.
Le CES s'étonne aussi que «la nature du
produit varie selon les laboratoires», au sujet du fioul transporté
par l'Erika.
«L'avertissement «Peut
provoquer le cancer» n'ayant pas été diffusé
auprès des personnes en contact avec le produit, notamment les bénévoles,
la suspicion s'est accrue et alimente toutes les polémiques (...), précise
le CES. Une transparence sur cette question délicate doit être
exigée et en tout état de cause le principe de précaution
doit être mis en oeuvre», ajoute le rapport, sans épargner
les instances gouvernementales:
«La rétention d'informations concernant toute catastrophe écologique
majeure en accentue les effets. Elle constitue auprès de l'opinion et
au regard de l'efficacité de l'intervention, une faute lourde»,
termine le CES.
Il préconise, dans la dernière partie de
son avis, tout un éventail de mesures d'urgence dont la confirmation
du principe pollueur-payeur, le relevé du plafond du Fipol (1), l'adoption
d'une directive européenne reconnaissant le responsabilité environnementale
ou l'organisation de la traçabilité des produits dangereux.
Le CES donne rendez-vous au gouvernement français
après sa présidence de l'Union européenne pour qu'il fasse
un point, devant l'Assemblée, des mesures prises ou en voie de réalisation.
(1) Fonds international d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures.