Le Figaro
22 février 2000

POLLUTION
Selon une association écologique, onze communes du littoral renfermeraient toujours les déchets de pétroliers naufragés.

Le sous-sol noir de la Bretagne.
« Des stockages illégaux et non étanches persistent »

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Françoise LEMOINE
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Vent de panique sur la Bretagne. Selon l'association écologique Robin des Bois, des déchets bruts des marées noires causées par les naufrages du Torrey Canyon, Bohlen, Amoco Cadiz et Tanio seraient enfouis sur des sites illégaux et non étanches.

Neuf communes de Côtes d'Armor, dont Perros-Guirec et île de Bréhat seraient concernés ainsi que deux du Finistère. Mais selon les élus des villes citées, cette information ne serait qu'élucubration : «Complètement saugrenu», s'emporte Yvon Bonnot, maire de Perros-Guirec et Ploumanach, où quatre sites ont été relevés.

« J'étais présent au moment des catastrophes de l'Amoco-Cadiz et du Torrey Canyon. Certes, des fosses ont été creusées pour stocker le mazout mais tout a été pompé depuis, sinon nos ruisseaux auraient été infiltrés. Actuellement, un jardin public et des espaces verts se trouvent sur ces sites. Il n'y a aucune inquiétude à avoir .»

Même étonnement dans la commune de Panvénan (Côtes d'Armor) où Robin des Bois a relevé trois sites : « Nous n'avons aucun stockage. Tout a été rebouché » assure Gilbert Collet, policier municipal. Reste à savoir dans quelles conditions.
Car Robin des Bois n'en démord pas : « Les déclarations des élus sont fantaisistes » assure Jacky Bonnemains, président de l'association écologique.

Il aurait obtenu ces renseignements sur le stockage à l'occasion des réunions interministérielles auxquelles participent Robin des Bois depuis 1993. L'association a d'ailleurs envoyé, hier, un courrier aux élus concernés afin qu'ils prennent des mesures.

A la Direction régionale industrie recherche environnement (Drire) à Rennes, on admet qu'effectivement une étude établie en 1994 par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) avait dressé une liste de soixante sites de déchets en Bretagne. « Quinze communes ne présentent aucune trace de déchets. Et sur les quarante-cinq sites restants, un seul présenterait des nuisances : celui de Panvenan dans les Côtes d'Armor, soutient Thierry Michelon, responsable environnement. Mais ce site a été jugé viable par l'enquêteur du BRGM qui contrôlait visuellement les traces d'hydrocarbures. D'ailleurs, nous n'avons jamais reçu la moindre plainte. »

Selon Thierry Michelon, tous les sites ont été recouverts pour construire dessus des Déchetteries, des routes et aussi le port de Brest.
L'association écologique est formelle : « Les pouvoirs publics n'ont effectué aucun contrôle récent, insiste le président de Robin des Bois. Pourtant, des stockages illégaux et non étanches persistent. Des conséquences sont à craindre sur ces sites riches au niveau biologique, comme les îles d'Er. »

Et de demander que ces hydrocarbures soient stockés et traités dans les mêmes lieux et en même temps que les déchets de l'Erika : «Nous en avons assez des omissions du Ministère de l'Environnement.»

Apparemment, les villageois concernés tombent même des nues en découvrant que leur commune repose sur des tas de déchets. Robin des Bois doit se rendre aujourd'hui à Ploumanach pour prouver sa bonne foi. Le maire l'attend de pied ferme.

Fin janvier, ces écologistes étaient déjà montés au créneau après avoir découvert, près de Donges (Loire-Atlantique), un entrepôt « intermédiaire » de quelque 6.000 tonnes de déchets de l'Amoco Cadiz, dont la création avait été autorisée en 1978 « à titre provisoire » par arrêté préfectoral.

Robert Germinet, directeur régional de la Drire à Nantes, remet les choses en place : « Ce tas de déchets, stocké comme il convient, recouvert de sable et d'argile, est réglementaire », affirme le responsable qui a, toutefois, pris en compte les observations de l'association écologique. « Cette décharge est inaccessible au public, mais Robin des Bois avait réussi à faire un trou et aurait constaté que cela sentait le pétrole. Par précaution, j'ai aussitôt envoyé un ingénieur pour faire des prélèvements. Il est vrai que le risque zéro n'existe pas mais je doute que cela fuit. »
Le résultat de ces analyses devait être connu hier.

Les 220.000 tonnes de pétrole échappées de l'Amoco Cadiz avaient généré 2 millions de tonnes de déchets. 15.000 ont été acheminées en Loire-Atlantique. 10.000 ont été retraités. Le reste, composé de sable souillé, a été déposé dans la décharge contrôlée de Donges, qui fait l'objet d'un arrêté préfectoral du 15 juin 1978. Neuf piézomètres surveillent les fuites éventuelles.