Le Figaro, Vendredi 18 Août 2000
Marée Noire
Deux laboratoires excluent la présence d'un additif toxique

« Erika » : analyses rassurantes

Françoise Lemoine

La cargaison de l'Erika serait bien constituée de « fioul n° 2 ». C'est en tout cas ce que révèlent deux laboratoires sollicités par TotalFinaElf pour mettre un terme à la polémique.

Le Collectif anti-marée noire de Saint-Nazaire et du littoral avait accusé la compagnie pétrolière de dissimuler l'ajout d'un additif (du chlorure de benzalkonium) dans la cargaison de l'Erika, ce qui laissait supposer que le fioul lourd pouvait être en réalité un « déchet industriel spécial ».

L'association était montée au créneau après les doutes émis par le laboratoire Analytika, qui avait prélevé des échantillons de fioul sur une plage de l'île de Groix. Après analyse, ce petit laboratoire privé du Var avait affirmé que le pétrolier maltais transportait des résidus de distillation hautement toxiques.

Des accusations qui furent souvent réfutées.

Les experts désignés par la commission d'enquête parlementaire sur le naufrage n'avaient d'ailleurs pas retenu ces conclusions.
Mais pour éviter de laisser se propager des « allégations mensongères » qui ternissaient l'image de la compagnie pétrolière, l'affréteur de l'Erika avait lui-même demandé des analyses de la cargaison.

Début Juillet, lors du pompage des cuves avant, des échantillons avaient été prélevés, en présence d'un huissier nommé par le tribunal de Brest.

Une porcédure officielle qui complétait celle ordonnée par le TGI des Sables d'Olonne. Les conclusions de la justice se font toujours attendre.

Mais TotalFinaElf avait demandé à son propre laboratoire ainsi qu'à celui de l'Institut français du pétrole (IFO), de mener leurs propres analyses, sur des échantillons prélevés également en présence de l'huissier.
En début de semaine, ces deux laboratoires confirmaient « que toute recherche de chlorure de benzalkonium dans les échantillons s'était révélée négative ».

Ces conclusions ne surprennent pas Pierre Guyonnet, responsable de la Mission Littoral atlantique : « Nous sommes confiants depuis le début. Nous savons pertinemment qu'il ne pouvait y avoir de chlorure de benzalkonium dans notre cargaison. Or, personne ne voulait nous croire. C'est pour mettre un terme aux rumeurs colportées par des personnes mal intentionnées que nous avons décidé de faire analyser la cargaison. Nous voulions aussi rassurer nos clients. »

Frank Laval, président du Comité anti-marée noire, s'attendait aussi à ces résultats : « TotalFinaElf et le ministre des Transports, Jean Claude Gayssot, ont toujours prôné la transparence. S'ils avaient eu quelque chose à cacher, ils n'auraient pas proposé d'effectuer des analyses. Nous ne nous attendions donc pas à des révélations fracassantes. »

Seukelent, fait remarquer Franck Laval, si la loi de 1975 sur les déchets industriels qui instaure le principe du « pollueur-payeur » risque de ne plus être applicable - elle ne concerne pas le fioul n° 2- l'Etat va devoir mettre la main à la poche, pour compléter l'enveloppe insuffisante du Fipol (Fonds d'assurance des compagnies pétrolières).