« Erika » : analyses rassurantes
Françoise Lemoine
La cargaison de l'Erika
serait bien constituée de « fioul n° 2 ». C'est en tout cas ce que
révèlent deux laboratoires sollicités par TotalFinaElf
pour mettre un terme à la polémique.
Le Collectif anti-marée noire de Saint-Nazaire et du littoral avait accusé
la compagnie pétrolière de dissimuler l'ajout d'un additif (du
chlorure de benzalkonium) dans la cargaison de l'Erika, ce qui laissait supposer
que le fioul lourd pouvait être en réalité un « déchet
industriel spécial ».
L'association était montée au créneau après les
doutes émis par le laboratoire Analytika, qui avait prélevé
des échantillons de fioul sur une plage de l'île de Groix. Après
analyse, ce petit laboratoire privé du Var avait affirmé que le
pétrolier maltais transportait des résidus de distillation hautement
toxiques.
Des accusations qui furent souvent réfutées.
Les experts désignés par la commission d'enquête parlementaire
sur le naufrage n'avaient d'ailleurs pas retenu ces conclusions.
Mais pour éviter de laisser se propager des « allégations
mensongères » qui ternissaient l'image de la compagnie pétrolière,
l'affréteur de l'Erika avait lui-même demandé des analyses
de la cargaison.
Début Juillet, lors du pompage des cuves avant, des échantillons
avaient été prélevés, en présence d'un huissier
nommé par le tribunal de Brest.
Une porcédure officielle qui complétait celle ordonnée
par le TGI des Sables d'Olonne. Les conclusions de la justice se font toujours
attendre.
Mais TotalFinaElf avait demandé à son propre laboratoire ainsi
qu'à celui de l'Institut français du pétrole (IFO), de
mener leurs propres analyses, sur des échantillons prélevés
également en présence de l'huissier.
En début de semaine, ces deux laboratoires confirmaient « que toute
recherche de chlorure de benzalkonium dans les échantillons s'était
révélée négative ».
Ces conclusions ne surprennent pas Pierre Guyonnet, responsable de la Mission
Littoral atlantique : « Nous sommes confiants depuis le début.
Nous savons pertinemment qu'il ne pouvait y avoir de chlorure de benzalkonium
dans notre cargaison. Or, personne ne voulait nous croire. C'est pour mettre
un terme aux rumeurs colportées par des personnes mal intentionnées
que nous avons décidé de faire analyser la cargaison. Nous voulions
aussi rassurer nos clients. »
Frank Laval, président du Comité anti-marée noire, s'attendait
aussi à ces résultats : « TotalFinaElf et le ministre des
Transports, Jean Claude Gayssot, ont toujours prôné la transparence.
S'ils avaient eu quelque chose à cacher, ils n'auraient pas proposé
d'effectuer des analyses. Nous ne nous attendions donc pas à des révélations
fracassantes. »
Seukelent, fait remarquer Franck Laval, si la loi de 1975 sur les déchets
industriels qui instaure le principe du « pollueur-payeur » risque
de ne plus être applicable - elle ne concerne pas le fioul n° 2- l'Etat
va devoir mettre la main à la poche, pour compléter l'enveloppe
insuffisante du Fipol (Fonds d'assurance des compagnies pétrolières).