["Après l'Erika, l'urgence" (Vol.2)]25/09/2000
Extraits choisis du Rapport d'enquête parlementaire.

[
1ère séance du Mardi 13 Juin 2000]
21/08/2000
Compte-rendu de la session ordinaire du 13 Juin 2000 - Assemblée Nationale.

[Séance du Mardi 25 Avril 2000]21/08/2000
Compte-rendu de la session ordinaire du 25 Avril 2000 - Assemblée Nationale.


[
"Après l'Erika, l'urgence" (Vol.1)]11/08/2000

Extraits choisis du Rapport d'enquête parlementaire.

Extrait du procès-verbal de la séance du mercredi 15 mars 2000
Mer 05 Juillet 00 - Rapport Tome2, Vol.1- ©Le Sénat

Nature du produit et évaluation des risques
Mer 05 Juillet 00 - Rapport Tome1- ©Le Sénat

Rapport Tome2, Vol.2
Rapport Tome2, Vol.3


[Retrospective: Le Rôle des compagnies pétrolières]09/08/2000
Commission d'enquête parlementaire sur les sociétés pétrolières opérant en France.


Conclusions de la Mission d'information du Sénat
Mer 28 Juin 00 - Communiqué de Presse - ©Le Sénat 
Réunie, le 27 juin 2000, sous la présidence de Mme Anne Heinis, présidente, la mission d’information du Sénat sur les conséquences à tirer de la catastrophe de l’Erika a adopté, à l’unanimité, les conclusions du rapport présenté par M. Henri de Richemont.

[Service des Commissions du Sénat]06/04/2000
Courrier du Sénateur de la Charente - Henri de Richemont.

[Contribution de Dominique Pinilla]06/04/2000
Eléments de réflexion sur les conséquences du naufrage
de l'Erika sur les ecosystèmes aquatiques.


[Rapport d'information N° 1859]06/04/2000
Rôle des compagnies pétrolières dans la politique internationale et son impact social et environnemental - Tome1 - Tome2 - 28/06/2000.


Session à l'Assemblée Nationale

Olivier Zablocki a écrit :


Rôle joué par Bernard Tailliez et Analytika dans toute cette affaire:

Toujours dans le couloir, j'ai posé la question à un scientifique souriant :

Et Tailliez ? Il a fait un travail utile tout de même ?
Oui, répond mon interlocuteur,

Et il m'explique :

C'est comme si vous partiez sur une île paradisiaque avec votre épouse.
(à mon avis il pensait à la société civile en jeune épousée ;-)

Soirée sous les tropiques, le rêve... et dans la nuit, tournant inlassablement dans la chambre:
un moustique.

Vous voilà réveillé et votre épouse (la société civile donc ;-) vous envoie à la chasse au moustique et ne vous laisse pas vous recoucher tant que la petite bête ne sera pas anéantie.

Nuit blanche. Au matin vous êtes sûr de ne plus être au paradis et le moustique continue sa ronde.

Raccourci : Tailliez, ou celui qui empêche les maîtres du monde de se croire au paradis.

Je vous laisse écrire la morale de cette fable.


Erika: le caractère cancérigène du fioul n'a jamais été nié, selon les experts

PARIS, 15 mars (AFP) - Le fioul provenant des cuves de l'Erika contient bien des composés cancérigènes, comme tous les hydrocarbures, mais ce fait n'a jamais été dissimulé, ont estimé mercredi les experts de plusieurs organismes scientifiques devant une commission parlementaire.


C'est plus compliqué que cela. Les experts n'ont effectivement pas besoin d'aller chercher très loin pour montrer qu'il existait deuis le début des documents accessibles soulignant le caractère cancérigène du fioul. Mais c'est pour eux une sorte d'évidence : "comme tous les hydrocarbures" le fioul de l'Erika (quelqu'il soit) contient des éléments cancérigènes.

Pas difficile dans ce contexte de montrer que cette notion est présente dans tel ou tel document en amont.

Selon les représentants des sept organismes publics interrogés par la commission, des informations ont été données dès le début sur le caractère toxique de la marée noire et les précautions à prendre.

Données aux services de l'Etat et aux élus oui. Mais la question est alors de savoir ce qu'ils en ont fait. Certains députés-maires membres de la commission ont visiblement dès le début mis nettement en avant la nécessité de se protéger soigneusement ou d'interdire les activités de ramassage aux enfants par exemple. d'autres n'ont rien fait, sont restés dans le vague et s'inquiètent visiblement des reproches que l'on pourrait leur faire... première ligne de partage.

Seul contre les autres scientifiques, Bernard Tailliez, directeur d'Analytika, un petit laboratoire privé de Cuers (Var) employant quatre personnes et spécialisé dans les problèmes d'environnement, a maintenu qu'il "aura fallu trois mois pour que soit connu en détails le caractère cancérigène de la cargaison".

C'est moins caricatural que cela. Bernard n'est pas "seul contre tous" et d'ailleurs l'expression "tous les experts sont d'accord" devrait être remplacée par "les experts institutionnels ne s'opposent pas entre eux". Ce n'est pas tout à fait la même chose. Chacun reste soigneusement dans son domaine de compétence et dans les limites des missions que l'Etat lui délègue. Personne ne se risque à une synthèse qui ne peut être que politico-judiciaire.

Finalement ce que Bernard souligne, c'est que la médiatisation du mot cancérigène intervient très tard. C'est sous la pression de certaines associations que petit à petit le mot est laché en direct dans l'opinion.
Très tard effectivement. Trop tard pour que cela ne soit pas vécu comme une forme de restriction mentale.

Aller au devant du mot ou pas. C'était le choix des politiques. Il est très net qu'ils n'y sont allés que contraints et forcés par le questionnement de plus en plus insistant de la société.

De nombreuses associations écologistes avaient dénoncé le fait que des milliers de bénévoles aient participé spontanément au nettoyage des côtes et des oiseaux, souvent au début sans protection, faute d'informations suffisantes sur les risques encourus.

En fait on sent bien qu'en "droit pur" on pourra toujours dire que tout le monde était prévenu. Bref, les autorités locales et nationales se trouvent aujourd'hui dans une position où elles auront juridiquement raison même si elles ont tort politiquement (c'est à dire dans leur relation avec la société).

De son côté, Analytika avait déclenché une vive polémique en affirmant que le pétrolier maltais transportait des résidus de distillation hautement toxiques, et non du fioul n2 comme l'affirmait l'affréteur, TotalFina. Le directeur du laboratoire privé a maintenu ces accusations devant les parlementaires, sans apporter de nouvelles preuves. Plusieurs parlementaires et scientifiques sont toutefois convenus qu'il s'agissait d'une "bataille de chimistes qui n'intéresse personne" et qu'il fallait se concentrer sur les risques réels pour la santé de tous ceux qui ont travaillé sur les plages.

Ca c'est certain. Personne ne voulait s'intéresser hier à cette bataille là. Sans doute parce que Fioul N°2 et DIS ne sont fondamentalement différents que sur le plan des caractéristiques "physiques" mais blanc
bonnet et bonnet blanc au plan des caractéristiques "chimiques".

Or, sur la santé, le problème c'est celui des caractéristiques chimiques et la norme AFNOR est établie sur les seules caractéristiques physiques. Bref, c'est définitivement un dialogue de sourd sur ce plan.

Au bout de dix ans

Résumant l'opinion de tous les scientifiques, le Dr Alain Baer, du centre anti-poison de Rennes, a rappelé que c'était l'exposition cutanée qui présentait le plus de risques, notamment pour ceux ayant travaillé au nettoyage des oiseaux. "Il était difficile de ramasser des oiseaux en situation de détresse avec des gants pétroliers", a souligné le Dr Baer, qui a évoqué d'autre part les risques liés aux griffures faites par les oiseaux.


Là, c'est très chaud. On est au coeur des contradictions. On cite l'exemple du Danemark où dans des circonstances semblables le pouvoir politique a assumé l'interdiction de soigner les oiseaux.

Le coktail LPO + élus locaux + Ministère de l'environnement mériterait une commission d'enquête pour lui tout seul.

Les risques sanitaires, considérés comme "négligeables" ou "acceptables" par tous les experts, sont toutefois difficiles à évaluer concrètement, alors que le contact avec un produit cancérigène peut n'avoir d'effets palpables qu'au bout de cinq à dix ans. "On ne sait pas, quand on étale du fioul sur la peau, combien passe dans l'organisme", a expliqué le Dr Baer. Il sera de plus difficile d'établir un lien entre le fioul et un éventuel cancer de le peau, dont le nombre de cas double tous les dix ans, a-t-il rappelé.

Voilà le paragraphe le plus proche de ce que l'on pouvait comprendre hier. Alain Baer était d'ailleurs d'une grande clarté, traçant son sillon au milieu de toutes les contradictions et expliquant fort bien que l'on ne
sait pas, que l'on ne peut pas savoir et qu'effectivement dans un monde où les cancers de la peau doublent tous les dix ans, bien malin celui qui pourrait dégager un protocole quelconque permettant de mesurer les effets à venir du contact avec la pollution de l'Erika.

Dans ce sens la question ne sera pas résolu par les scientifiques. Le degré d'acceptabilité du risque c'est finalement la société qui le détermine.

C'est un problème purement politique.



Seul le rapporteur du centre anti-poison de Rennes me semble un vrai pro! les autres , a part Analytika, étaient venus pour justifier de leur salaire et surtout conserver leur place.

On peut sans doute nuancer un peu ;-)

Car tous ne semble pas jouer dans la même cour. On sent intuitivement une sorte de ligne de partage entre d'un côté les représentants de l'IFP (Institut Français des Pétroles - Daniel Morel) ou le patron de l'INERIS (Institut national de l'environnement industriel et des risques), sûrs d'eux et dominateurs comme on dit, et les représentants du Cedre et de l'Ifremer que l'on sent tout de même "au contact" de la société.

Il est intéressant de voir d'ailleurs combien les tensions se sont essentiellement manifestées directement entre Bernard Tailliez et le patron de l'INERIS (Institut national de l'environnement industriel et des risques). Là on sent bien (intuitivement toujours) qu'il y a intêret à creuser pour mieux comprendre le contexte dans lequel oeuvre cet institut.

Je ne saurais vous le dire autrement mais il y a de l'humanité chez certains experts. Je me verrais bien passer quelques temps dans une ile déserte pour continuer à discuter de tout cela avec le Docteur Baert
(Centre antipoison de Rennes) ou avec Michel Girin (Cedre) ou avec Jean-François Minster le patron de l'IFREMER... humains, simplement humains surtout dans l'expression des limites de leurs pratiques.

En poursuivant les échanges, il faudra bien aborder aussi les attitudes convergentes des députés membres de la commission en face de tous ces témoignages : une demande récurrente, parfois autoritaire mais toujours pathétique, pour que les experts répondent avec précision (par oui ou par non) aux questions... et ceux-ci cherchant effectivement à échapper au piège.

Extraordinaire vision donc en direct du politique en pleine désertion incapable d'assumer ce qui devrait pourtant être son rôle : choisir ce qui est acceptable ou non dans l'échelle des risques. Dans ce sens, à l'issue de la réunion, la balle revient dans le camp de la société civile ; ici même.

PS : je n'ai pas encore cité l'AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) et son patron Claude Lambre qui me fait à ce stade penser à un équilibriste dont on ne saurait jamais de quel côté il va
tomber.




Nous sommes là chez les noyeurs de poissons ...

Il y avait effectivement une "feinte" terrifiante que l'on doit, à mon avis, imputer moins directement aux "experts" qu'aux politiques.

Feindre d'ignorer que la sphère économique entretient des relations avec l'instance politique, qui elle-même n'est pas sans liens avec la sphère sociale, c'est, de fait, laisser le pouvoir à ceux qui se l'approprient et libre cours à la domination (lu dans un article de Jean Lawruszenko).

Je ne jette pas la pierre aux scientifiques là-dessus car il était flagrant de voir avec quelle rapidité le rapporteur (Jean-Yves Le Drian) et le président de la commission (Daniel Paul) se sont précipités pour éteindre tout début d'incendie sur ce thème.

Dans le rôle du pyromane, Bernard Tailliez bien sûr, qui fut rapidement fusillé dans le registre : "Monsieur, vous avez des preuves de la collusion que vous sous-entendez ? Si vous n'en avez pas je vous rappelle que c'est très grave car vous vous exprimez ici sous serment !". Et toc.

Des preuves ? Y-a-t-il besoin de preuves quand on peut lire sur le site de Belle-Ile (www.belle-ile-en-mer.org) l'intégralité du rapport de la commission d'enquête parlementaire qui se pencha il y a peu sur l'influence des pétroliers dans la vie politique de leur pays d'origine autant que dans la vie politique des pays où ils interviennent (Gabon, Birmanie, etc, etc).

Le débat pourrait être vite tranché en suggérant l'inscription côte à côte au répertoire de la bibliothèque de l'honnête homme du prochain rapport de la commission Paul/LeDrian et du précédent rapport de la commission Lang.

Et je persiste à souligner cet ahurissante démission politique consistant à demander aux scientifiques des réponses scientifiques à une question politique. Les noyeurs de poisson de ce point de vue ne sont pas
spécialement les scientifiques, je dirais même qu'ils ont été très clairs dans le retour de la patate chaude aux envoyeurs.

C'est l'impasse.