|
Extrait
du procès-verbal de la séance du mercredi 15 mars 2000 |
|
Conclusions
de la Mission d'information du Sénat |
[Service des Commissions du Sénat]06/04/2000
Courrier du Sénateur de la Charente - Henri de Richemont.
[Contribution
de Dominique Pinilla]06/04/2000
Eléments de réflexion sur les conséquences du
naufrage
de l'Erika sur les ecosystèmes aquatiques.
[Rapport
d'information N° 1859]06/04/2000
Rôle
des compagnies pétrolières dans la politique internationale et
son impact social et environnemental - Tome1
- Tome2
- 28/06/2000.
Session à l'Assemblée Nationale
Olivier
Zablocki a écrit :
Rôle joué par Bernard Tailliez et Analytika dans
toute cette affaire:
Toujours
dans le couloir, j'ai posé la question à un scientifique souriant
:
Et Tailliez ? Il a fait un travail utile tout de même ?
Oui, répond mon interlocuteur,
Et il m'explique :
C'est comme si vous partiez sur une île paradisiaque avec votre épouse.
(à mon avis il pensait à la société civile en
jeune épousée ;-)
Soirée sous les tropiques, le rêve... et dans la nuit, tournant
inlassablement dans la chambre:
un moustique.
Vous voilà réveillé et votre épouse (la société
civile donc ;-) vous envoie à la chasse au moustique et ne vous laisse
pas vous recoucher tant que la petite bête ne sera pas anéantie.
Nuit blanche. Au matin vous êtes sûr de ne plus être au paradis
et le moustique continue sa ronde.
Raccourci : Tailliez, ou celui qui empêche les maîtres du monde
de se croire au paradis.
Je vous laisse écrire la morale de cette fable.
Erika:
le caractère cancérigène du fioul n'a jamais été
nié, selon les experts
PARIS, 15 mars (AFP) - Le fioul provenant des cuves de l'Erika contient bien
des composés cancérigènes, comme tous les hydrocarbures,
mais ce fait n'a jamais été dissimulé, ont estimé
mercredi les experts de plusieurs organismes scientifiques devant une commission
parlementaire.
C'est plus compliqué que cela. Les experts n'ont effectivement pas besoin
d'aller chercher très loin pour montrer qu'il existait deuis le début
des documents accessibles soulignant le caractère cancérigène
du fioul. Mais c'est pour eux une sorte d'évidence : "comme tous
les hydrocarbures" le fioul de l'Erika (quelqu'il soit) contient des éléments
cancérigènes.
Pas difficile dans ce contexte de montrer que cette notion est présente
dans tel ou tel document en amont.
Selon les représentants des sept organismes publics interrogés
par la commission, des informations ont été données dès
le début sur le caractère toxique de la marée noire et
les précautions à prendre.
Données aux services de l'Etat et aux élus oui. Mais la question
est alors de savoir ce qu'ils en ont fait. Certains députés-maires
membres de la commission ont visiblement dès le début mis nettement
en avant la nécessité de se protéger soigneusement ou d'interdire
les activités de ramassage aux enfants par exemple. d'autres n'ont rien
fait, sont restés dans le vague et s'inquiètent visiblement des
reproches que l'on pourrait leur faire... première ligne de partage.
Seul contre les autres scientifiques,
Bernard Tailliez, directeur d'Analytika, un petit laboratoire privé de
Cuers (Var) employant quatre personnes et spécialisé dans les
problèmes d'environnement, a maintenu qu'il "aura fallu trois mois
pour que soit connu en détails le caractère cancérigène
de la cargaison".
C'est moins caricatural que cela. Bernard n'est pas "seul contre tous"
et d'ailleurs l'expression "tous les experts sont d'accord" devrait
être remplacée par "les experts institutionnels ne s'opposent
pas entre eux". Ce n'est pas tout à fait la même chose. Chacun
reste soigneusement dans son domaine de compétence et dans les limites
des missions que l'Etat lui délègue. Personne ne se risque à
une synthèse qui ne peut être que politico-judiciaire.
Finalement ce que Bernard souligne, c'est que la médiatisation du mot
cancérigène intervient très tard. C'est sous la pression
de certaines associations que petit à petit le mot est laché en
direct dans l'opinion.
Très tard effectivement. Trop tard pour que cela ne soit pas vécu
comme une forme de restriction mentale.
Aller au devant du mot ou pas. C'était le choix des politiques. Il est
très net qu'ils n'y sont allés que contraints et forcés
par le questionnement de plus en plus insistant de la société.
De nombreuses associations écologistes avaient dénoncé
le fait que des milliers de bénévoles aient participé spontanément
au nettoyage des côtes et des oiseaux, souvent au début sans protection,
faute d'informations suffisantes sur les risques encourus.
En fait on sent bien qu'en "droit pur" on pourra toujours dire que
tout le monde était prévenu. Bref, les autorités locales
et nationales se trouvent aujourd'hui dans une position où elles auront
juridiquement raison même si elles ont tort politiquement (c'est à
dire dans leur relation avec la société).
De son côté, Analytika
avait déclenché une vive polémique en affirmant que le
pétrolier maltais transportait des résidus de distillation hautement
toxiques, et non du fioul n2 comme l'affirmait l'affréteur, TotalFina.
Le directeur du laboratoire privé a maintenu ces accusations devant les
parlementaires, sans apporter de nouvelles preuves. Plusieurs parlementaires
et scientifiques sont toutefois convenus qu'il s'agissait d'une "bataille
de chimistes qui n'intéresse personne" et qu'il fallait se concentrer
sur les risques réels pour la santé de tous ceux qui ont travaillé
sur les plages.
Ca c'est certain. Personne ne voulait s'intéresser hier à cette
bataille là. Sans doute parce que Fioul N°2 et DIS ne sont fondamentalement
différents que sur le plan des caractéristiques "physiques"
mais blanc
bonnet et bonnet blanc au plan des caractéristiques "chimiques".
Or, sur la santé, le problème c'est celui des caractéristiques
chimiques et la norme AFNOR est établie sur les seules caractéristiques
physiques. Bref, c'est définitivement un dialogue de sourd sur ce plan.
Au bout de dix ans
Résumant l'opinion de tous les scientifiques, le Dr Alain Baer, du centre
anti-poison de Rennes, a rappelé que c'était l'exposition cutanée
qui présentait le plus de risques, notamment pour ceux ayant travaillé
au nettoyage des oiseaux. "Il était difficile de ramasser des oiseaux
en situation de détresse avec des gants pétroliers", a souligné
le Dr Baer, qui a évoqué d'autre part les risques liés
aux griffures faites par les oiseaux.
Là, c'est très chaud. On est au coeur des contradictions. On cite
l'exemple du Danemark où dans des circonstances semblables le pouvoir
politique a assumé l'interdiction de soigner les oiseaux.
Le coktail LPO + élus locaux + Ministère de l'environnement mériterait
une commission d'enquête pour lui tout seul.
Les risques sanitaires, considérés
comme "négligeables" ou "acceptables" par tous les
experts, sont toutefois difficiles à évaluer concrètement,
alors que le contact avec un produit cancérigène peut n'avoir
d'effets palpables qu'au bout de cinq à dix ans. "On ne sait pas,
quand on étale du fioul sur la peau, combien passe dans l'organisme",
a expliqué le Dr Baer. Il sera de plus difficile d'établir un
lien entre le fioul et un éventuel cancer de le peau, dont le nombre
de cas double tous les dix ans, a-t-il rappelé.
Voilà le paragraphe le plus proche de ce que l'on pouvait comprendre
hier. Alain Baer était d'ailleurs d'une grande clarté, traçant
son sillon au milieu de toutes les contradictions et expliquant fort bien que
l'on ne
sait pas, que l'on ne peut pas savoir et qu'effectivement dans un monde où
les cancers de la peau doublent tous les dix ans, bien malin celui qui pourrait
dégager un protocole quelconque permettant de mesurer les effets à
venir du contact avec la pollution de l'Erika.
Dans ce sens la question ne sera pas résolu par les scientifiques. Le
degré d'acceptabilité du risque c'est finalement la société
qui le détermine.
C'est un problème purement politique.