Association des
Bénévoles de l'Erika
COMMUNIQUE
DE PRESSE du 08 Août 2000
Preuve scientifique que la cargaison Erika était illégale
De nouvelles expertises
du laboratoire Analytika fournissent aujourd'hui une preuve scientifique que
le produit transporté par le pétrolier Erika, qui a sombré
le 14 décembre dernier près des côtes bretonnes, ne correspond
pas aux caractéristiques du fioul n° 2 : elles révélent
la présence en quantités importantes (3.000 ppm) d'un additif
chloré, biocide extrêmement puissant et cytotoxique : le chlorure
de benzalkonium.
Bernard Tailliez, expert près du Tribunal de Grande Instance d'Aix-en-Provence,
apporte la preuve scientifique permettant de démontrer qu'au moins
120 tonnes de ce produit "tensio-actif et surfactant cationique"
ont été ajoutées au moment du chargement pour réduire
artificiellement la viscosité et l'adhérence aux parois métalliques
du fioul lourd.
Sur ces nouvelles bases scientifiques, l'Association des Bénévoles
d'Erika a demandé le 1er août 2000 la nomination d'un expert
indépendant pour effectuer, de manière contradictoire, un prélèvement
du produit dans les soutes. Le 4 août, le Tribunal de Grande Instance
de Brest l'a seulement autorisée à s'associer aux prélèvements
déjà effectués à la demande de TotalFina par les
plongeurs travaillant au pompage, et remis à un huissier.
Quant à l'organisation d'une expertise contradictoire demandée
par l'Association des Bénévoles, le Tribunal de Grande Instance
de Brest a invité l'Association à déposer une requête
directement auprès du Tribunal de Grande Instance des Sables d'Olonne,
auprès duquel plus d'une centaine de communes et associations de professionnels
de la mer, ainsi que TotalFina, ont déjà déposé
une demande d'analyse du produit contenu dans les soutes de l'Erika. Cette
procédure semble ne pas devoir se terminer avant deux ans.
La présence de chlorure de benzalkonium a été confirmée
par le laboratoire Analytika dans des échantillons représentatifs
d'origines différentes, dont certains ont été prélevés
sous contrôle d'huissier pour le compte de l'Association Avenir de Sauzon
(en divers sites à Belle-Ile en mer) et de Paris Match (en mer à
la verticale de l'épave).
C'est pourquoi l'Association des Bénévoles d'Erika estime qu'il
est de son devoir d'attirer d'ores-et-déjà l'attention des journalistes,
afin qu'à leur tour ils informent le public, sur les nouvelles conséquences
environnementales et juridiques induites par la présence de cet additif
illégal dans la pollution pétrolière de 450 km de côtes.
Les conséquences écologiques et économiques de la présence
de ce produit sont préoccupantes, notamment pour ce qui concerne la
pisciculture et la conchyliculture. En effet, ce produit est utilisé
en pisciculture, mais à des teneurs extrêmement faibles (0,5
à 0,8 ppm) pour l'éradication des moules zébrées
et le contrôle de la prolifération du plancton. Il entre également
dans la formulation des peintures marines anti-fouling (en raison de ses propriétés
cytotoxiques). Les doses léthales vis-à-vis des espèces
marines étudiées par l'Aquatic Animal Health Research de Bangkok
(1997) s'établissent entre 2 et 3 ppm.
Sa toxicité humaine est également très préoccupante
: propriétés irritantes pour la peau, les muqueuses en général
et les yeux en particulier (risques de conjonctivites). Il diffuse dans le
foie et les poumons.
Il est également corrosif pour les métaux et à ce titre
il peut avoir joué un rôle dans la fragilisation de la structure
qui a abouti au naufrage. Enfin, étant une molécule chlorée,
son incinération à Gonfreville (près du Havre) dégagera
des substances nocives.
Au niveau juridique, aucune dérogation autorisant l'ajout de cet additif
n'a été produite à ce jour, ni par TotalFina, ni par
la direction des carburants du Ministère de l'industrie. Une telle
dérogation aurait pourtant dû être obtenue six mois avant
les faits. Compte tenu de la dangerosité du produit transporté,
l'Erika aurait par ailleurs dû obtenir une autorisation administrative
préalable au départ de l'Erika de la raffinerie de Dunkerque.
L'absence d'autorisation, constitue une infraction à la législation
du transport maritime de marchandises dangereuses. Aucun document prouvant
l'existence de cette autorisation n'a encore été produit à
ce jour.
Ces "omissions", préoccupent l'Association des bénévoles,
qui ne peut s'empêcher d'établir un lien avec le fait que cette
raffinerie avait précisément fait l'objet d'une opération
de maintenance quinquennale dans les mois qui ont précédé
l'affrètement de l'Erika. Cela signifie qu'a été effectué
le nettoyage des fonds de cuves de distillation, desquels ont été
retirés des résidus solidifiés (coke de pétrole)
riches en métaux lourds, très toxiques et dangereux pour l'environnement,
et qui auraient dû être incinérés dans une installation
habilitée respectant les normes européennes.
Enfin l'Association des Bénévoles souhaite également
attirer l'attention des journalistes et du public sur le fait que, depuis
les révélations du laboratoire Analytika en février 2000,
aucun autre laboratoire n'a officiellement effectué à ce jour
d'analyse visant à établir la nature exacte du produit transporté
par l'Erika (car cela ne leur a pas été demandé). Dans
son rapport daté de mars 2000, le laboratoire Ineris s'est uniquement
prononcé sur la toxicité et la dangerosité du produit.
A partir de la mesure de quelques HAP, il a établi son caractère
cancérigène et toxique, notamment pour la femme enceinte.
Ses conclusions ont été reprises par l'Institut de Veille Sanitaire
dans un rapport daté d'avril 2000 et repris par la presse en juillet
2000. Quant au laboratoire néerlandais RIVM, il n'a lui-même
procédé à aucun prélèvement ni à
aucune analyse. Il s'est uniquement prononcé sur l'acceptabilité
du risque sanitaire à partir des analyses fournies par l'Ineris et
d'une base de données qu'il a constituée.
Contacts Presse :
Le Président de l'Association : Rossano Pulpito 03 23 53 75 51 ou 06
10 60 51 68,
Le Secrétaire Général : Jacques Samyn 03 23 52 66 77
ou 06 80 66 92 95
Les sites
à consulter :
http://erika.benevoles.free.fr
http://www.labo-analytika.com
Association des Bénévoles
d'Erika
Association Loi 1901-déclarée à la Sous Préfecture
d'Avesnes sur Help le 10 mars 2000
251 rue du Pont de Pierre - 59600 MAUBEUGE
Tél : 03.27.64.69.57
Site : http://erika.benevoles.free.fr
email : erika.benevoles@free.fr