COMMENTAIRES DU CIM - 27 JUIN 2000
Le CIMER du 27 juin repeint le pavillon de complaisance aux couleurs de la France.

C'est une partie des reflexions que l'on peut se faire à la lecture du dossier de presse du Comite Interministeriel de la Mer du 27 juin 2000.

Ci-dessous, pour ceux que cela interesse, mes commentaires.
Jean-Paul Declercq


Apres lecture du dossier de presse publie a l'issue du Comite Interministeriel du 27 juin, les lignes qui suivent sont mes premieres reactions.
Elle completent les commentaires que j'ai pu faire des decisions du CIM du 28 fevrier, sur lesquels je ne reviendrai pas.

Le pavillon de complaisance sous les couleurs de la France La France condamne les pavillons de complaisance. Mais elle possede son propre pavillon de la honte. Il s'agit du pavillon dit des Kerguelen, qui permet a un armateur d'immatriculer son navire dans un port reel ou fictif (vous chercherez les services maritimes de Port-aux-Francais au pays des manchots).

Le but de l'operation est de permettre d'employer a bord de navires sous pavillon francais des marins de pays autres, remuneres aux conditions de ces pays, avec des contrats a duree determinee de 6 a 10 mois (alors que les marins francais ne restent a bord que 4 mois), avec 3 jours de conges et compensation de repos pour 30 jours de travail effectif (contre 17 pour un marin francais), sans cotisations de securite sociale, de retraite, etc ? En un mot sans tous les droits offerts par le code du travail maritime. Probleme pour les armateurs. Il n'existe pas de code du travail maritime specifique aux Territoires d'Outre Mer, et il etait fort possible qu'en cas de litige les tribunaux appliquent le droit general.

Le CIM du 27 juin prevoit, sous le titre de " modernisation du registre des TAAF ", le developpement de cette complaisance sous pavillon francais, la mise en place d'un droit social au rabais (ce que le dossier de presse appelle " regles minimales en matiere de conditions de travail
"), et une " adaptation du nombre minimal de navigants ".

Concernant cette derniere disposition, il n'apparait pas clairement s'il s'agit de tous les navigants embarques, ou seulement des navigants francais. Mais la phrase suivante semble indiquer que le mot " navigants " s'applique aux seuls francais, ce qui traduit l'esprit discriminatoire de ce pavillon bis.

Par ailleurs, cette adaptation des effectifs serait faite selon des criteres de taille de navires. Comme si a bord d'un petit navire la vigilance pour des raisons de securite etait moins necessaire. Attendons-nous a voir demain une nouvelle maree noire due a un abordage entre un " navire important ", a bord duquel il y aurait, par la volonte des autorites maritimes, un equipage competent en nombre suffisant, et un " petit navire ", pourvu d'un sous-effectif.

A part la disposition qui prevoit que ces navires auront droit, comme les autres, a une surveillance des inspecteurs du travail maritime, l'ensemble
des dispositions prevues dans ce chapitre doit etre condamne sans reserve. Le pavillon de complaisance des Kerguelen doit etre supprime. La
discrimination selon le pays d'origine a bord d'un navire francais est contraire a notre constitution et rappelle plus l'epoque du trafic triangulaire.

Il apparait clairement que toutes les dispositions prevues dans le chapitre " developper l'emploi sous pavillon francais " ont uniquement pour but de diminuer les depenses des armateurs, sans aucune garantie pour la securite du transport maritime, au contraire.

La lutte contre les rejets d'hydrocarbures - Oubli coupable des donneurs d'ordre.
La lutte contre les rejets d'hydrocarbures, c'est d'abord de faire en sorte que tous les ports soient equipes des installations necessaires pour que les navires puissent se debarrasser de leurs dechets liquides est solides durant l'escale, meme lorsque celle-ci se deroule la nuit ou un jour non ouvre.
Ensuite se donner les moyens de controler les navires au port, et de mettre en place des sanctions contre les navires qui n'ont pas effectue leurs rejets dans les installations prevues.
Enfin, lorsqu'un rejet coupable est constate, la repression du donneur d'ordre, et non du seul executant qu'est le capitaine.

Les dispositions prises par le CIM du 27 juin sont a ce sujet decevantes et largement inoperantes.

Sans doute il est bien prevu une aide pour l'installation de dispositifs de recuperation des dechets solides et liquides dans les ports de plaisance.
Et une mission d'inspection devra faire le point des installations existant dans les ports et recenser les investissements necessaires pour mieux
prevenir et lutter contre la pollution. Mais aucun delai n'est prevu pour imposer aux ports publics et prives leur mise en conformite avec les
dispositions de la convention Marpol a ce sujet.

Le CIM se felicite ainsi d'un amendement introduit par le deputes a un projet de loi du Senat portant diverses dispositions d'adaptation commun
autaire. Cet amendement introduit en effet des sanctions penales pour les navires qui n'ont pas deballaste avant le depart du port. Mais une
proposition des deputes Verts, tendant a penaliser le directeur du port qui n'aura pas mis les moyens adequats a la disposition du navire, n'a pas ete retenu. Ainsi le skipper d'un navire de plaisance pourra etre condamne pour pollution, alors meme que le dernier port dans lequel il a fait escale ne lui a pas donne le moyens pour se debarrasser de ses dechets.

Le plus grave est l'absence totale de mesure contre les donneurs d'ordre.
Il a ete largement demontre qu'il n'y a pas de veritable mesure de prevention si les sanctions penales s'appliquent au seul capitaine du navire pollueur, car, quelle que soit la responsabilite de ce salarie, les conditions de son emploi lui donnent peu de possibilite de refuser les ordres qui lui sont donnes.

Or le CIM oublie completement l'importance des donneurs d'ordre, et se felicite de la proposition de loi relative a la repression de la pollution
par les navires, adoptee en premiere lecture par les deputes le 13 juin. Pourtant cette loi a un aspect plus demagogique qu'efficace. Elle continue
a cibler toute la responsabilite penale sur le capitaine, qui voit la peine d'amende qui peut lui etre appliquee triplee, et la peine de prison applicable doublee.

Quand a l'armateur, il ne peut etre poursuivi que s'il a donne l'ordre qui a provoque la pollution. Comme si un tel ordre etait parfois ecrit. Il est
vrai que l'amende peut eventuellement etre mise a sa charge, mais seulement si le juge le decide. Aucune peine directe n'est donc prevue, qui pourrait amener le donneur d'ordre a se sentir concerne. Et rien n'est prevu pour sanctionner les divers intervenants dans la chaine de transport, pour la part qu'ils ont pu prendre dans la pollution par leurs decisions ou leurs negligences.

Cette modification de la loi du 5 juillet 1983 serait donc sans consequence dans la lutte contre les rejets d'hydrocarbures. Sauf la satisfaction du
devoir accompli pour ceux qui ont vote ce texte.

Par ailleurs, un paragraphe concerne la lutte " contre toutes les formes de pollutions ". Il y a effectivement des progres a faire pour les pollutions
dues aux differentes substances nocives et dangereuses transportees sur les navires cargos, en particulier en conteneurs. Le texte prevoit " la responsabilisation des transporteurs ". Ce qui est le minimum. Mais la reflexion est trop courte. Il est necessaire de prevoir egalement la responsabilisation du fabricant de la marchandise dangereuse, et du client du transporteur, affreteur ou chargeur. C'est en effet ce dernier qui fait le choix du navire.

Sur les moyens de la securite maritime, aucune mesure nouvelle Ce CIM detaille certaines lignes budgetaires annoncees le 28 fevrier. Mais
rien de nouveau. Concernant la surveillance en haute mer, il est question de la mise en place d'un deuxieme patrouilleur, mais celui-ci sera plutot affecte a la surveillance des peches.

Concernant les CROSS, aucune etude n'est annoncee pour verifier l'adequation des personnels aux missions confiees, et pour mettre en place
les moyens en formation continue pouvant leur permettre d'intervenir lorsqu'un navire est en difficulte, avant qu'il ne soit trop tard.

Sur la prevention et la capacite d'intervention en cas d'accident de mer, Quelques propositions interessantes, comme la decision de faire " des
exercices plus frequents dans les departements ". Plus frequent, c'est le mot, quand on sait qu'en Loire Atlantique le plan Polmar-Terre n'avait pas ete mis a jour depuis plus de 20 ans.

Mais " paroles, paroles " pour certaines declarations. On nous dit par exemple que le Secretariat General a la Mer va voir sa " vocation de
coordination interministerielle renforcee ". Ce qui signifie, en clair, que rien ne va etre change dans les attributions, mais que l'on pensera qu'il
existe la prochaine fois. Il est vrai que le grand public a decouvert l'existence de ce secretariat lorsqu'il a signe l'accord avec Total pour le
pompage de l'Erika?

La dynamisation de l'economie littorale et portuaire et le reequilibrage des modes de transports Ces objectifs, presents a l'ordre du jour de ce CIM, n'ont rien a voir avec la securite du transport maritime. L'aide de l'Etat prevue pour developper le cabotage, ainsi que la volonte
d'ameliorer la desserte ferroviaire des ports, sont cependant des objectifs qui peuvent etre approuves du point de vue ecologique.


Commentaires des décisions
du CIM - 28 février 2000

Jean-Paul Declercq

1 - Amélioration des moyens de l'action de l'État en mer

1.1 Renforcement du contrôle des navires et la sécurité des ports

1.1.1 - Renforcer les contrôles de sécurité des navires
Pour assurer un meilleur contrôle des navires qui entrent dans les ports français, il est décidé de doubler, d'ici deux ans, le nombre d'inspecteurs de sécurité.
Dès 2000, 8 inspecteurs provenant de la profession maritime seront recrutés par contrat. Leur formation sera accélérée afin de les affecter au plus tôt.
13 postes, actuellement vacants, devront être pourvus.
Il sera créé 32 postes supplémentaires dans les centres de sécurité des navires, 16 en 2001 et 16 en 2002.
Ainsi le nombre des inspecteurs de sécurité sera doublé d'ici deux ans.
Ces nouveaux moyens permettront d'assurer les responsabilités de la France, notamment dans le cadre du mémorandum de Paris, et de contrôler au moins 25% des navires qui entrent dans les ports français

Commentaire:
Pour doubler le nombre d'inspecteurs il faut un recrutement de 54 inspecteurs. Le compte n'y est donc pas, il manque 14 postes.
Les recrutements prévus, ajoutés aux postes actuellement pourvus, va faire passer le nombre d'inspecteurs à 80. C'est insuffisant. Les "25 propositions" ont avancé le chiffre de 200. (proposition 14)
Rien n'est indiqué sur le salaire des inspecteurs, actuellement notoirement insuffisant. Comment espérer dans ces conditions le recrutement de 8 inspecteurs provenant de la profession maritime?
Rien n'est indiqué sur le statut des inspecteurs, qui doit changer, en leur donnant des possibilités d'avancement, en les détachant de la tutelle des Administrateurs des Affaires maritimes, en leur permettant une véritable indépendance.

1.1.2 - Former les inspecteurs de sécurité
4 postes de professeurs de l'enseignement maritime seront créés sur 2000-2001, pour être affectés à la formation technique du personnel de contrôle.
Pour assurer le recrutement effectif des postes d'inspecteurs de sécurité des navires, ceux-ci devront recevoir une formation de haut niveau, aussi bien en formation initiale qu'en cours de carrière. L'école nationale de la marine marchande de Nantes a été chargée d'organiser cette formation. Elle met en place des centres de formation professionnelle de sécurité maritime.

Commentaire:
Bonne mesure, demandés par Les Verts dans les propositions n°14 et 15.

1.1.3 - renforcer les effectifs des officiers de port
30 postes d'officiers de ports ou d'officiers de port adjoints seront créés pour les ports relevant de la compétence de l'État : 16 postes en 2001 et 14 postes en 2002.

Commentaire:
Il n'apparaît pas évident que cette proposition améliorera la sécurité du transport maritime. Contrairement à ce qui est affirmé, les officiers de port n'ont pas vocation à seconder les inspecteurs. Ceux-ci devraient pouvoir être assistés comme les officiers des garde côtes étatsuniens par des moyens en hommes pour des inspections complètes dans des temps limités adaptés aux contraintes de l'exploitation des navires. Cette mesure ne sert en rien cette exigence.
1.1.4 - Améliorer la sécurité de la navigation
Le programme de remise en état des phares et balises et de modernisation de la flotte de balisage, est accéléré, pour une réalisation sur trois ans au lieu des cinq initialement prévus. 300 M.F. lui seront consacrés.

Commentaires:
Mesure absente de nos demandes. A voir ce qui est effectivement prévu. A noter que les marins en charge du service de balisage ont signalé que les programmes de modernisation avaient des effets pervers, avec la suppression de certains matériels utiles sous prétexte de "modernisation". Il n'est donc pas évident que le programme signalé ici soit un progrès pour la sécurité. Par ailleurs, puisqu'il est question du balisage, il aurait été nécessaire de parler du renforcement du service public, négligé ces dernières années avec, en particulier, la suppression du service des week-ends. Ainsi une bouée déplacée le vendredi n'est remise en place que le lundi, au mieux.

1.2 Amélioration du dispositif de haute mer  - Renforcer les moyens de la Marine nationale

1.2.1 Pour compléter le dispositif d'intervention de la Marine nationale, un nouveau remorqueur sera mis en place dès le printemps 2000, en Manche ; un nouvel hélicoptère de moyen tonnage sera acquis en 2000.
Pour compléter le dispositif des trois remorqueurs d'intervention qui opèrent actuellement sur la côte méditerranéenne, aux approches d'Ouessant et dans la Manche centrale, une nouvelle permanence sera effective dès le printemps 2000, dans le Pas-de-Calais. Elle sera partagée avec les britanniques.
Un nouvel hélicoptère de moyen tonnage de type Dauphin sera acquis, dès cette année, pour compléter le dispositif d'intervention en mer et assurer la première alerte tout en économisant le potentiel des hélicoptères lourds Super Frelon.
Commentaire:
On ne peut que dire OK pour tout nouveau moyen.

Le secrétariat général de la mer présentera au prochain cim ses réflexions sur les caractéristiques des remorqueurs d'intervention dans la perspective de leur renouvellement à moyen terme.
Commentaire:
Il avait été question un moment d'un appel d'offre qui aurait permis de remplacer les remorqueurs actuels par des unités "moins chères", sur le même principe que TOTAL utilise des pétroliers "moins chers". Espérons que le prochain cim apportera des précisions allant dans le bon sens.

1.2.2 Renforcer les moyens de dépollution
Un appel d'offre sera lancé dès 2000 pour l'affrètement d'un navire spécialisé en matière de dépollution. 40 M.F. sont consacrés au renouvellement des moyens de lutte contre la pollution.
Commentaire:
Cette mesure correspond à la proposition n°23 des Verts.
Toutefois un navire spécialisé n'est qu'un minimum étant donné la longueur de nos côtes.
Il manque également les perspectives d'avenir. L'affrètement d'un navire existant ne peut être qu'une mesure à court terme. Il faut prévoir l'étude, et la mise en chantier, des navires et moyens adaptés à nos côtes, dans le cadre du service public, sous pavillon français.

1.2.3 - Renforcer les moyens des douanes
L'exécution du programme " douanes-polmar " sera accéléré afin de disposer avant la fin 2001 d'un nouvel avion et d'un avion modernisé pour les douanes.
Commentaire:
Le renforcement des moyens de contrôle par moyens aéronavals est indispensable dans le cadre d'un système de garde-côtes exerçant une protection de la zone des 200 milles.

1.2.4 - Supprimer une limite de contrôle des navires par les douanes
Le Gouvernement présentera une disposition législative modifiant l'article 62 du code des douanes qui limite leur intervention aux navires inférieurs à 1000 tonneaux.
Commentaire:
La disposition législative doit aller plus loin, et indiquer clairement que l'intervention des moyens de l'État est possible dans toute la zone des 200 milles pour contrôle de tout navire n'ayant pas apporté la preuve de sa conformité aux normes de sécurité, et au-delà, pour poursuite de tout navire ayant pollué la mer avec risque de dommage aux intérêts économiques ou écologiques du pays. (proposition n°11 des Verts)
 

1.3 Meilleure efficacité des moyens de surveillance et de coordination

1.3.1 - Pour mener à bien la professionnalisation des Centres régionaux de surveillance et de sauvetage en mer (CROSS) 21 postes d'appelés seront remplacés en 2001 par 25 postes professionnels.
Commentaire:
Les postes d'appelés devaient disparaître avec le service militaire. Cette mesure était donc programmée.
Les "professionnels" en question seront en fait des militaires de carrière. Ce qui n'apporte aucune garantie d'efficacité.
Ces postes ne peuvent être efficaces que s'ils sont assurés par des vrais professionnels, civils de préférence (ou, s'ils sont militaires, affectés pour une longue durée à ce travail, et non soumis aux mutations régulières qui sont le lot de la fonction militaire), formés pour ce poste par une formation initiale et une formation continue, parlant couramment la langue internationale des marins (l'anglais, avec une connaissance des différents accents pour être aptes à communiquer), et bien au fait des réalités vécues sur les navires, pour être aptes à comprendre, par exemple, que lorsqu'un pétrolier annonce qu'il a 15 degrés de gite, cela signifie qu'il y a un problème sérieux qui mérite de préparer une intervention, même si le même fait savoir une heure après qu'il a résolu son problème.
En un mot un tel service devrait entrer dans le cadre du service public civil de garde-côtes proposé par les Verts (Proposition n°15).

1.3.2 La France proposera à l'Union européenne qu'un centre de coordination internationale d'informations soit installé au CROSS Jobourg, à la pointe du Cotentin.
Commentaire:
Une telle demande prendra toute son efficacité si le service de garde-côtes européen est mis en place.

1.4 - Renforcement des pouvoirs d'investigation du bureau d'enquête accident maritime
Le gouvernement déposera au cours de la présente session parlementaire un projet de loi relatif aux enquêtes techniques sur les accidents et incidents de mer.
L'expérience récente a montré que le Bureau d'enquêtes après accidents de mer pouvait se trouver confronté, au cours de ses enquêtes, à des difficultés d'accès à l'information. Il apparaît indispensable qu'il puisse disposer des mêmes possibilités que ce qui existe en matière aérienne et que par conséquent les pouvoirs d'investigation de ses enquêteurs se trouvent garantis par un texte législatif.
Commentaire:
Une telle loi devra prévoir la publication des résultats de l'enquête, afin que la transparence soit la règle. (proposition des Verts n°21)

1.5- Amélioration des conditions de réception portuaire pour les déchets d'exploitation des navires et les résidus de cargaison
La France soutiendra activement l'adoption de la directive européenne obligeant les navires à attester du dépôt de leurs déchets avant de quitter un port de l'Union.
Sans attendre l'adoption de la directive, la réglementation française anticipera ce dispositif européen.
Commentaire:
En application de la convention MARPOL, les ports devraient être équipés depuis plus de vingt ans. L'État est donc responsable des pollutions par "dégazages", pour ne pas avoir pris les mesures internes prévues par ce traité international dont la France est signataire.
En application de MARPOL, le ministre en charge de la mer peut donner dès à présent par circulaire, sans qu'il soit nécessaire de modifier la réglementation française, les instructions aux autorités portuaires pour que cette mesure soit appliquée.
L'existence des mesures prévues par la convention rendent inutiles l'adoption d'une directive européenne. Ceci dit, pourquoi pas.
L'obligation du contrôle du dépôt des déchets avant le départ du navire était une de nos demandes pour prévenir les "dégazages" avancée bien avant le naufrage de l'Erika, qui a  été reprise dans la proposition des Verts n°9.
Elle doit être complétée par une modification de la loi de 1983 réprimant la pollution en mer, en mettant en cause pénalement, en principal, le donneur d'ordre (armateur mais aussi affréteur), mais, également, les autorités portuaires qui auraient contribué, par leur négligence, à une pollution en mer.

1.6 Meilleure protection de la façade méditerranéenne

1.6.1 Créer une zone de protection écologique
En concertation avec les états voisins et la Commission européenne, la France créera une zone de protection écologique dans la limite des 200 milles qui lui donnera, dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, juridiction en matière de protection de l'environnement.
Commentaires:
O.K.

1.6.2 Ratification des amendements et protocoles Internationaux
Convention de Barcelone concernant la pollution en Méditerranée
La France mènera à son terme avant la fin de l'année le processus de ratification des amendements et protocoles à la Convention de Barcelone concernant la lutte contre la pollution en Méditerranée, la biodiversité et l'immersion.
Convention de Barcelone contre la pollution liée à l'exploration et à exploitation en mer
La France signera, sans délai, le protocole de 1994 à la convention de Barcelone contre la pollution résultant de l'exploration et de l'exploitation du plateau continental, du fond de la mer et de son sous-sol.
Protocole d'Izmir sur les mouvements de déchets dangereux
La France signera, sans délai, le protocole d'Izmir sur les mouvements des déchets dangereux, en l'accompagnant des réserves qui ont fait l'objet de déclaration de son représentant lors de la négociation de ce protocole. Les conditions de ratification seront déterminées au vu des réactions des parties aux réserves formulées par la France.
Commentaire:
On ne peut que regretter les retards pris à la ratification d'accords qui montrent leur nécessité.
A voir, la teneur des réserves sur le protocole d'Izmir.
2. Amélioration de l'organisation du dispositif national d'intervention

2.1 - Coordination du dispositif d'intervention de l'État en mer
Une mission sur l'organisation générale de l'intervention de l'État en mer sera confiée à Jean-François Théry, conseiller d'état, Christian Brossier, ingénieur général des Ponts-et-Chaussées et l'amiral Bernard Louzeau. Elle devra rendre ses conclusions avant le prochain Comité interministériel de la mer prévu au printemps 2000.
Commentaire:
La proposition n°23 des Verts demande une révision en profondeur du plan Polmar-Mer, après le constat de l'inefficacité quasi-totale de celui-ci.
L'idée d'une mission générale sur l'intervention en mer est donc bonne.
Dans une première version du texte, il avait été question de confier mission à une personnalité du monde maritime. Ce qui n'était pas une mauvaise idée en soi, à condition que cette personnalité ne soit pas impliquée dans le mauvais fonctionnement en question, par sa fonction, par sa formation, ou par son passé professionnel.
Force est de constater que les personnalités choisies ne répondent pas à ces critères. Monsieur Théry n'est pas une personnalité maritime, Monsieur Brossier est lié par son passé de Directeur de Port autonome, et il sera difficile à un Amiral d'apporter toutes les critiques nécessaires, c'est à dire constructives, à l'action menée par la Marine Nationale. Plus, il est probable qu'il aura, vis à vis de la proposition de mise en place d'un corps de garde-côtes (proposition largement portée par la population du littoral), la réaction du Préfet Maritime de Brest qui tient à préserver toutes les prérogatives et missions de son corps.
Il est donc malheureusement raisonnable d'être pessimiste sur les résultats de cette mission.

2.2 Prévention des risques de pollution
La mission d'inspection spécialisée de l'environnement est chargée d'organiser le retour d'expériences sur la prévention des risques et sur la prise en compte des enjeux environnementaux dans la mise en œuvre des plans polmar. Les conclusions de cette étude seront déposées sous 3 mois.
Commentaire:
Ceci correspond à notre proposition n°24 - 1er alinea

2.3 Renforcement de la coordination du dispositif en mer et à terre

2.3.1 Actualiser et rendre plus cohérents les plans d'intervention d'urgence
Les différents plans d'action d'urgence (polmar-mer, polmar-terre, plans de secours aux naufragés...) seront actualisés et rendus plus cohérents entre eux. L'objectif est d'aboutir à des documents uniques terre - mer d'ici la fin de l'année.
Commentaire:
Cette mesure répond à nos demandes de révision du plan Polmar (propositions n°23 et 24).

2.3.2 Mieux coordonner les actions en période de crise
Un état-major mixte sera systématiquement constitué lorsqu'un événement survenu en mer nécessitera la gestion simultanée de moyens maritimes et terrestres.
Dès l'engagement des actions à terre, la coordination de l'ensemble du dispositif relèvera du préfet de la zone de défense
Commentaire:
La coordination systématique est nécessaire.
Mais un état-major mixte peut-il fonctionner, sans désigner dès à présent qui des deux préfets sera le chef d'état-major?
Il semble nécessaire que la direction appartienne au préfet de la zone de défense.
Ceci dit, dans le cas Erika, le préfet coordinateur désigné dans un premier temps n'était pas le préfet de la zone qui a été touchée. Cette mesure mérite donc d'être améliorée.

2.4 Soutien aux services opérationnels
Les plans d'intervention prévoiront le concours des services déconcentrés de l'État, des organisations socioprofessionnelles et du secteur associatif. Ils organiseront aussi la coopération des bénévoles susceptibles d'apporter une aide efficace.
Les moyens de veille, d'expertise et d'études seront renforcés et un groupe national d'experts, mobilisables en cas de crise, sera constitué.
Commentaire:
Cette mesure, si elle est appliquée et actualisée, devrait permettre d'éviter les erreurs dans la mise en œuvre de Polmar.
Nous l'avions demandé dans notre proposition n°23.

2.5 - Accueil des navires en difficulté dans les ports

2.5.1 En cas de risque avéré pour la vie humaine ou l'environnement et dans les situations d'urgence, le préfet maritime se voit reconnaître autorité pour faire entrer un navire en difficulté dans le port.
Commentaire:
Notre proposition n°13 demande l'institution d'une obligation d'accueil.
Avec une telle mesure, le Préfet Maritime ne laissera pas, à l'avenir, un nouvel Erika sans aide.

2.5.2 Deux lignes budgétaires, dotées chacune de 10 millions de francs, seront créées, dès cette année, sur le budget du ministère de l'équipement, des Transports et du Logement, pour faire face aux situations difficiles d'abandon de navires.
Le port d'accueil ne doit pas avoir à supporter les conséquences négatives sur l'environnement ou l'économie portuaire de la présence d'un navire dans un port. Pour responsabiliser l'armateur, la France a proposé à ses partenaires de l'Union européenne d'instaurer une assurance pour les armateurs désirant toucher les ports des pays de l'Union. Cependant, dans des situations d'abandon, il est nécessaire de prendre en charge les marins et le navire par les pouvoirs publics
Deux lignes budgétaires dotées chacune de 10 millions de francs sont créées, dès cette année, sur le budget du ministère de l'équipement, des Transports et du Logement, pour y faire face.
Commentaire:
Cette proposition répond, en partie, à nos propositions, chapitre "lutte contre l'exploitation des marins".
Mais s'il est utile que l'Europe instaure l'assurance en question, que nous avons prévu dans les propositions des Verts (proposition n°2), il serait bon que la France, sans attendre, légifère à ce sujet. Cette mesure est contenue dans la proposition de loi des députés Verts. Espérons qu'elle sera adoptée.

3 Soutien économique au pavillon français et harmonisation sociale

3.1 - Soutien au renouvellement de la flotte
Afin d'accélérer le renouvellement des navires transportant des matières polluantes ou dangereuses, ces navires devront bénéficier d'une attention particulière pour bénéficier du dispositif de GIE fiscal auquel ils sont éligibles.
Commentaire:
La commission Mer et Littoral avait soutenu en son temps le maintien du système des "Quirats" avec un aménagement imposant un équipage français.
Le système des Quirats a été supprimé et remplacé par le dispositif du GIE fiscal. A voir si ce dispositif est suffisant pour favoriser le renouvellement de la flotte sous pavillon français.
Par ailleurs, le soutien et le développement de la construction navale et de la réparation navale françaises et européennes sont absents de cette mesure (proposition n°1-3ème alinéa des Verts).
Mais il n'est pas suffisant d'avoir un pavillon français. Cette mesure n'est valable pour la sécurité du transport maritime que si les dispositifs "Kerguelen" qui permettent la non-application de la législation sociale à bord sont supprimés. (proposition n°16 des Verts).

3.2 - Soutien au pavillon français
Pour renforcer l'attractivité du pavillon français, le prochain cim, qui se tiendra au printemps 2000, prendra des mesures sur la base du rapport de mission remis ces jours derniers au ministre de l'équipement, des Transports et du Logement.
Commentaire:
Il faudra voir en premier lieu le rapport Hamon-Dubois.
Il est impératif que les équipages français conservent des conditions de travail qui permettent le maintien de la sécurité. La manière dont il est question de "soutenir la compétitivité des armateurs français" incite à la plus grande vigilance.
C'est au nom de cette compétitivité que les socialistes au pouvoir ont développé au cours des dernières années le pavillon de complaisance français (Kerguelen).

3.3 - Intégration des conventions de l'OIT dans le droit du travail maritime
La France ratifiera dans les meilleurs délais les cinq conventions et le protocole présentés par l'organisation internationale du Travail et concernant diverses normes de droit du travail applicables aux gens de mer.
Les cinq conventions portent sur :
À le bien être des gens de mer en mer et dans les ports
À le rapatriement des marins
À l'inspection des conditions de travail et de vie des gens de mer
À le recrutement et le placement des gens de mer
À la durée du travail des gens de mer et les effectifs des navires
À la marine marchande.

Commentaire:
Il est assez scandaleux de voir que ces diverses conventions n'étaient pas encore ratifiées. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire.
Reste à prendre les moyens de les faire appliquer. Il aurait été utile d'indiquer que la France exigera l'application de ces conventions par les navires qui transitent dans nos eaux et font escale dans nos ports, que les navires qui n'appliquent pas ces conventions seront considérés comme sous-normes et seront refoulés (proposition n°17 des Verts).
Manque également une disposition, le vote d'une loi indiquant clairement que les tribunaux français sont compétents pour juger des différents entre les marins d'un navire étranger en escale et l'armateur du navire, et que les règles applicables par le juge ne seront jamais inférieures aux règles des conventions de l'OIT. (proposition n°18 des Verts)
4 Actions de la France au plan communautaire et international
Les propositions de la France au plan communautaire et international sont contenues dans trois mémorandums adressés à l'Union européenne, à l'Organisation maritime internationale et au fipol.

4.1 Accentuer la surveillance européenne

La France propose :
À le signalement détaillé obligatoire des navires contenant des produits dangereux et polluants, entrant dans les eaux territoriales d'un membre de l'Union européenne
À le signalement obligatoire des navires dans les zones de fort trafic, notamment en Manche,
À le signalement volontaire dès l'entrée dans une zone de 200 milles nautiques.

Commentaire:
Il est souhaitable que les dispositifs de surveillance soient adoptés d'une manière uniforme au niveau européen.
Mais s'agissant du signalement obligatoire, le dispositif peut être mis en place par la France, même si les autres pays de l'Union n'ont pas la même pratique.
Par ailleurs, on ne voit pas pourquoi le signalement à l'entrée de la zone des 200 milles serait seulement volontaire.
Ces propositions sont totalement insuffisantes. Il faut rendre obligatoire le signalement de tout navire dès son entrée dans la zone des 200 milles. Et par signalement il faut entendre la production de toutes informations permettant de contrôler que le navire n'est pas sous-normes. Avec une mesure permettant de refuser l'entrée (ou de diriger vers un port d'accueil) à tout navire sous-normes (proposition des Verts n°11 et 19).

4.2 Une réglementation et un contrôle plus sévères

La France propose :
À la disparition des navires transportant des produits dangereux à simple coque d'ici 2008 au lieu de 2019, date prévue dans la convention MARPOL, 2005 pour les plus de 160 000 tonnes,
À l'harmonisation sociale dans les transports maritimes européens,
À le renforcement et l'harmonisation des contrôles de l'inspection du travail en Europe.

Commentaire:
Point un, correspond à la proposition n°4 des Verts pour les navires à simple coque. Par contre il n'est pas proposé de limite d'Ôge. Il sera donc possible à un navire de plus de 25 ans de continuer à fréquenter nos mers, s'il a une double-coque. C'est grave. Le gouvernement doit aller au-delà de cette proposition trop timorée.
Point deux, OK, mais attention à ne pas harmoniser par le bas.
Point trois. Difficile à comprendre. L'inspection du travail maritime est actuellement effectué (mal) par les inspecteurs en charge des contrôles de sécurité. S'agit-il de proposer un corps séparé pour l'inspection du travail?- Mais, pour ce qui est de l'harmonisation, elle est effectivement nécessaire (ainsi les inspecteurs italiens contrôlent systématiquement l'existence d'un contrat de travail, ce que ne font jamais les inspecteurs français).

4.3 Durcir et harmoniser les dispositifs de contrôle européens
La France propose :
À des contrôles plus fréquents,
À un système de contrôle commun des organismes de sécurité, notamment les sociétés de classification,
À le développement de la coopération avec les états ayant une flotte de commerce importante.
Le France saisira ses partenaires du G8 pour lutter contre les pavillons de complaisance.
Commentaire:
Des contrôles plus fréquents ne sont pas obligatoirement nécessaires. Pour certains navires il y en a même trop, ce qui engendre de la fatigue supplémentaire inutile pour les marins. Ce qu'il faut, c'est un contrôle systématique à intervalles réguliers (3 mois ou 6 mois selon les navires. proposition n°12 des Verts).
Concernant le troisième alinéa, il faut imposer le contrôle par des inspecteurs de l'Etat du pavillon en plus du contrôle par les sociétés de classification Le développement de la coopération est une bonne mesure, que l'on retrouve dans la proposition n°7 des Verts.
Par contre le texte est bien faible quand aux propositions de lutte contre la complaisance. Rien sur la transparence commerciale, rien sur le nombre d'inspecteurs nécessaires, rien sur la responsabilité de l'Etat.
Et pourquoi saisir le G8, alors qu'il suffirait de signer la convention de 1982 sur l'immatriculation des navires.

4.4 Responsabiliser les opérateurs du transport maritime
La France propose :
À de généraliser l'utilisation d'EQUASIS,
À d'imposer aux sociétés de classification et aux sociétés d'assurance des navires une procédure d'agrément européenne,
À de relever le plafond d'indemnisation du fipol à 1 milliards d'euros et de prendre en compte l'état matériel du navire dans la mise en œuvre de la responsabilité de l'armateur et la contribution du chargeur au fipol,
À dans l'attente de ces mesures, de créer une taxe sur les transports d'hydrocarbures pour les navires ne respectant pas des normes techniques et sociales exigibles à terme,
À le renforcement des mesures de sanction, avec extension du bannissement des navires.
Commentaire:
Concernant les sociétés de classification, il est important que l'agrément s'applique à tous les navires qui transitent dans les eaux européennes, et pas seulement aux navires européens. (proposition n°6 des Verts).
Concernant la responsabilité, le principe de la responsabilité sans faute dans le cadre du Fipol est maintenu. Or, même en multipliant le plafond par 6, c'est le règne de l'irresponsabilité qui reste en place. Cette mesure est insuffisante. Il faut instituer le principe pollueur-payeur avec prise en charge intégrale des dégÔts économiques et écologiques par le chargeur du produit polluant (proposition n°2 des Verts).
Le projet de taxe sur les navires sous-normes est une mesure assez surprenante. On accepterait ainsi de laisser naviguer des bÔtiments potentiellement dangereux moyennant finances. Si une telle mesure avait été en cours en 1999, l'ERIKA aurait eu le droit de naviguer. Cette proposition doit être supprimée, et remplacée. Et s'il est vrai que nous devrons supporter pendant encore quelques années des navires trop vieux à simple coque en attente de leur remplacement, s'il est nécessaire de taxer les navires les moins s¹rs (proposition n°4, 3ème alinéa des Verts), cette écotaxe ne doit pas s'appliquer aux navires sous-normes techniques ou sociales, qui doivent être purement et simplement refusés.
Le bannissement des navires est ici évoqué uniquement à titre de sanction. Il est nécessaire d'aller plus loin, et de refouler tout navire qui serait constaté comme étant sous-normes (sauf s'il prend les mesures techniques ou sociales pour se mettre aux normes) lors de sa visite périodique (proposition n°11des Verts, 2ème alinéa).
4.5 Charte de sécurité maritime

Le 10 février, en présence de Jean-Claude Gayssot, ministre l'équipement, des Transports et du Logement, les acteurs du transport maritime ont signé une charte sécurité.

Les affréteurs s'engagent à ne plus utiliser les navires à simple coque au plus tard à partir de 2008 et, dès à présent, de ne recourir qu'à des navires battant pavillon français, européens ou d'un état respectant les règles internationales.
Les armateurs s'engagent, pour les navires de plus de 15 ans, à une inspection approfondie de la coque en cale sèche tous les deux ans et demi, au lieu de tous les 5 ans aujourd'hui.
Les propriétaires ou les armateurs veilleront également à ne recourir qu'à des sociétés de main d'œuvre respectant les normes internationales en matière de formation, de conditions et de temps de travail.
Les sociétés de classification s'engagent à plus de transparence dans leur activité.

Commentaire:
Cette Charte est un premier pas vers la Charte pour un développement durable demandée par Les Verts dans la proposition n°8. Bien faible cependant.
Il faudra que les armateurs, propriétaires, et affréteurs prennent eux aussi un engagement de transparence qui n'apparaît pas dans la Charte Gayssot.
Il faudra, enfin et surtout, que l'accès à nos mers soit interdit à tout navire qui sera en dessous des normes définies. Les engagement ne concernent en effet que les armateurs français. Or, la plupart des navires, même s'ils sont en réalité propriété de capitaux européens, sont armés sous pavillons de complaisance.
Et il faut constater que l'engagement de ne recourir qu'à des navires battant pavillon d'un état respectant les règles internationales ne co¹te rien aux affréteurs. Tant que la convention du 7 février 1986 sur les conditions d'immatriculation des navires n'est pas en vigueur, tous les pavillons de complaisance sont réputés respecter ces règles. Ainsi, le respect de la Charte Gayssot aurait n'empêchera pas TOTAL d'affréter demain un autre ERIKA.
En fait, il manque un engagement de taille de la part des affréteurs, celui de ne pas affréter un navire qui ne réponds pas aux normes prévues dans les engagements des armateurs et des propriétaires.
Et fait, ces engagements n'engagent que ceux qui veulent bien y croire. A défaut d'obligations contenues dans les lois françaises et européennes, ils risquent d'être sans effet.
5 - Petit inventaire de ce qu'il manque, par comparaison avec les propositions des Verts.

- Des mesures de préservation et de développement de la construction et de la réparation navale, indispensables pour renouveler la flotte et réparer les navires déficients (proposition n°1)
- Une volonté d'action à l'OMI, par une représentation de la France dans cette institution à la mesure des enjeux (proposition n°1).
- La mise en place du principe pollueur-payeur en rendant l'affréteur responsable sans limitation financière de catastrophes type Erika (proposition n°2).
- L'obligation d'une attestation financière, garantissant la solvabilité de tout navire qui entre dans nos eaux pour les dommages qu'il est susceptible de causer (proposition n°2).
- L'institution d'un système de "limite d'Ôge", empêchant des navires trop vieux et usés de venir se casser devant nos côtes. Le taxe parle seulement de double-coques, ce qui est loin d'être satisfaisant (proposition n°4)
- La mise en place au niveau français d'un système d'agrément des sociétés de classification, avec interdiction d'entrée à tout navire ne disposant pas de certificats établis par une société agréé. Ce principe est renvoyé à l'Europe. En tant que "pollué", il nous faut prendre les devants (proposition n°6).
- La responsabilisation juridique des Etats complaisants, par la possibilité d'engager la responsabilité des autorités d'un Etat en cas de naufrage d'un navire-poubelle (proposition n°7).
- La recherche des règles de l'OMI imposant aux Etats qui immatriculent des navires de disposer d'un nombre d'inspecteurs d'Etat suffisant, proportionnel au nombre de navires immatriculés (proposition n°7).
- La recherche des règles de l'OMI imposant aux Etats qui immatriculent des navires de veiller à la transparence commerciale (proposition n°7).
- Dans la Charte avec les professionnels du transport, la demande aux affréteurs pétroliers de refuser de faire appel à des navires battant pavillon de complaisance, et à accepter une transparence totale sur leurs activités (proposition n°8). Il est question de transparence dans cette Charte, mais seulement pour les sociétés de classification.
- La mise en cause pénale des autorités portuaires qui auraient contribué, par leur négligence, à une pollution en mer (proposition n°9).
- L'extension à 200 milles de la zone de contrôle de l'Etat, et le refus d'entrée dans cette zone aux navires identifiés comme étant sous-normes (proposition n°11). Le texte indique bien qu'il y aura renforcement des moyens des douanes, mais ne va pas plus loin.
- La modification du statut des inspecteurs qui effectuent le contrôle, afin d'en faire un métier attractif de responsables véritablement indépendants ((proposition n°14).
- La création à terme d'un service public civil de garde côtes Européens (proposition n°15).
- La mise en place de mesures de lutte contre l'exploitation des marins, imposant aux navires qui font escale dans nos ports les minima sociaux des règles de l'OIT (propositions n°17 et 18).
- Et, pour terminer, un outil pour mener une véritable politique de la mer, volontariste, à savoir un ministère de la mer (proposition n°1).
 
 




Conseil Inter Ministériel - 28 février 2000 - Dossier presse

Sommaire

1 - Amélioration des moyens de l'action de l'Etat en mer

1.1 Renforcement du controle des navires et la sécurité des ports

1.2 Amélioration du dispositif de haute mer

1.3 Meilleure efficacité des moyens de surveillance et de coordination

1.4 Renforcement des pouvoirs d'investigation du bureau d'enquête accident maritime

1.5 Amélioration des conditions de réception portuaire pour les déchets d'exploitation des navires et les résidus de cargaison

1.6 Meilleure protection de la façade méditerranéenne
Ratification des amendements et protocoles internationaux

2 Amélioration de l'organisation du dispositif national d'intervention

2.1 Coordination du dispositif d'intervention de l'Etat en mer

2.2 Prévention des risques de pollution

2.3 Renforcement de la coordination du dispositif en mer et à terre

2.4 Soutien aux services opérationnels

2.5 Accueil des navires en difficulté dans les ports

3. Soutien économique au pavillon français et harmonisation sociale

3.1 Soutien au renouvellement de la flotte

3.2 Soutien au pavillon français

3.3 Intégration des conventions de l'OIT dans le droit du travail maritime

4. Synthèse des actions du Gouvernement en faveur de la sécurité maritime
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1 - Amélioration des moyens de l'action de l'Etat en mer

1.1 - Renforcement du controle des navires et la sécurité des ports

1.1.1 - Renforcer les controles de sécurité des navires
Pour assurer un meilleur controle des navires qui entrent dans les ports français, il est décidé de doubler, d'ici deux ans, le nombre d'inspecteurs de sécurité. Dès 2000, 8 inspecteurs provenant de la profession maritime seront recrutés par contrat. Leur formation sera accélérée afin de les
affecter au plus tot. 13 postes, actuellement vacants, devront être pourvus.
Il sera créé 32 postes supplémentaires dans les centres de sécurité des navires, 16 en 2001 et 16 en 2002. Ainsi le nombre des inspecteurs de sécurité sera doublé d'ici deux ans. Ces nouveaux moyens permettront d'assurer les responsabilités de la France, notamment dans le cadre du mémorandum de Paris, et de controler au moins 25% des navires qui entrent dans les ports français.

1.1.2 - Former les inspecteurs de sécurité
4 postes de professeurs de l'enseignement maritime seront créés sur 2000-2001, pour être affectés à la formation technique du personnel
de controle. Pour assurer le recrutement effectif des postes d'inspecteurs de sécurité des navires, ceux-ci devront recevoir une formation de haut
niveau, aussi bien en formation initiale qu'en cours de carrière. L'école nationale de la marine marchande de Nantes a été chargée d'organiser cette formation. Elle met en place des centres de formation professionnelle de sécurité maritime.

1.1.3 - Renforcer les effectifs des officiers de port
30 postes d'officiers de ports ou d'officiers de port adjoints seront créés pour les ports relevant de la compétence de l'Etat : 16 postes en 2001 et 14 postes en 2002. Pour assurer la sécurité dans les ports, dans leur accès comme dans leur exploitation, les officiers de ports et leurs adjoints jouent un role essentiel. Chargés de la police et de la sécurité des activités du port, ils jouent un role complémentaire à celui des inspecteurs de sécurité des navires avec lesquels ils se coordonnent. Ils assurent la surveillance des mouvements des navires, la police du
plan d'eau portuaire, la prévention et la police des pollutions, la police des matières dangereuses, la surveillance des installations, la prévention contre l'incendie, la police du stockage des marchandises et la police de circulation routière.
La création de 30 postes supplémentaires représente une augmentation de 10% pour l'ensemble des ports (ports autonomes et ports d'intérêt national), de 25% pour les seuls ports d'intérêt national.

1.1.4 - Améliorer la sécurité de la navigation
Le programme de remise en état des phares et balises et de modernisation de la flotte de balisage, est accéléré, pour une réalisation sur trois ans au lieu des cinq initialement prévus. 300 M.F. lui seront consacrés. Par ailleurs, 17,6 M.F. seront immédiatement débloqués pour remplacer ou réparer les matériels de balisage endommagés par la tempête. Le balisage a pour objet de signaler aux navires les dangers et de leur permettre de se positionner en mer, à l'approche des côtes et aux entrées des ports.
Par ce programme de 300M.F. sur trois ans, il s'agit de :
- remettre en état les phares et balises,
- moderniser les baliseurs,
- remplacer certains systèmes de radionavigation.

65 M.F. supplémentaires seront inscrits à cette fin sur le budget 2000.

1.2 - Amélioration du dispositif de haute mer  - Renforcer les moyens de la Marine nationale

1.2.1 - Pour compléter le dispositif d'intervention de la Marine nationale, un nouveau remorqueur sera mis en place dès le printemps
2000, en Manche ; un nouvel hélicoptère de moyen tonnage sera acquis en 2000.
Lors de l'accident de " l'ERIKA ", l'action du remorqueur d'intervention a permis de tenir au large la partie arrière du navire, évitant ainsi la dérive de l'épave et une pollution massive sur Belle-Ile.
Par ailleurs, la Marine nationale intervient dans les opérations de secours maritime, qu'il s'agisse du transport d'équipes d'évaluation sur les navires en difficulté ou de la lutte contre une pollution au large y compris par mauvaises conditions météorologiques.
Pour compléter le dispositif des trois remorqueurs d'intervention qui opèrent actuellement sur la côte méditerranéenne, aux approches
d'Ouessant et dans la Manche centrale, une nouvelle permanence sera effective dès le printemps 2000, dans le Pas-de-Calais. Elle sera
partagée avec les britanniques.

Un nouvel hélicoptère de moyen tonnage de type Dauphin sera acquis, dès cette année, pour compléter le dispositif d'intervention en mer et
assurer la première alerte tout en économisant le potentiel des hélicoptères lourds Super Frelon. Le secrétariat général de la mer présentera au prochain cim ses réflexions sur les caractéristiques des remorqueurs d'intervention dans la perspective de leur renouvellement à moyen terme.

1.2.2 - Renforcer les moyens de dépollution
Un appel d'offre sera lancé pour l'affrètement d'un navire spécialisé en matière de dépollution.
40 M.F. sont consacrés au renouvellement des moyens de lutte contre la pollution.
Pour renforcer les moyens de lutte en mer, un appel d'offres sera lancé dès 2000 pour l'affrètement d'un navire spécialisé en matière de dépollution. Ce navire, performant par tous les temps, sera en complémentarité avec les moyens dont disposent nos voisins européens. Les possibilités de partenariat avec ceux-ci seront explorées.

1.2.3 - Renforcer les moyens des douanes
L'exécution du programme " douanes-polmar " sera accéléré afin de disposer avant la fin 2001 d'un nouvel avion et d'un avion modernisé
pour les douanes. L'administration des douanes, outre sa participation à la surveillance générale en matière d'action de l'Etat en mer, joue un rôle important en matière de lutte contre la pollution grÔce à ses avions équipés d'appareils de télédétection.
Le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie met en oeuvre un programme " douanes - polmar " qui porte sur la formation,
l'organisation, la participation à des exercices, l'exploitation des données recueillies, mais surtout sur la remise à niveau d'équipements de télédétection déjà en service et sur l'acquisition d'un nouvel aéronef.
Avec l'accélération de ce plan, seront mis à disposition des douanes, avant la fin 2001 :
- un nouvel avion (polmar III) sur la base aéronavale de Lorient, en remplacement d'un aéronef ancien.
Celui-ci profitera de l'expérience acquise et bénéficiera des dernières évolutions technologiques ;
- un avion modernisé polmar II basé à Hyères.

1.2.4 - Supprimer une limite de contrôle des navires par les douanes
Le Gouvernement présentera une disposition législative modifiant l'article 62 du code des douanes qui limite leur intervention aux
navires inférieurs à 1000 tonneaux. La possibilité de contrôle des douanes est limitée (sauf les cas de poursuites) aux eaux territoriales ainsi que dans la zone d'extension de 12 milles supplémentaires définie à l'article 44 bis du code des douanes. Par ailleurs l'article 62 du même code limite à 1000 tonneaux la jauge des navires susceptibles d'être visités. Cette limite est supposée définir les navires qui peuvent ne pas aller dans un port
pour débarquer de la marchandise. Elle doit être supprimée, pour permettre aux douanes de mieux participer aux contrôles de sécurité en mer.

1.3 Meilleure efficacité des moyens de surveillance et de coordination

1.3.1 - Pour mener à bien la professionnalisation des Centres
régionaux de surveillance et de sauvetage en mer (CROSS) 21 postes d'appelés seront remplacés en 2001 par 25 postes professionnels.

1.3.2 - La France proposera à l'Union européenne qu'un centre de
coordination internationale d'informations soit installé au CROSS Jobourg, à la pointe du Cotentin.
Les Centres régionaux opérationnels de surveillance et de sauvetage en mer assurent la permanence de la surveillance de nos espaces maritimes, l'alerte en cas d'événement de mer, et la coordination des moyens sur zone lors des opérations liées à ces événements.
L'effectif de ces centres, en grande partie militaire, comportait une proportion importante d'appelés du contingent. Un plan de professionnalisation a été mis en oeuvre depuis 1998 qui se traduit par une amélioration de la compétence et de l'efficacité de ces
structures. Elle doit s'effectuer sans perte d'effectif, à l'heure où les missions des CROSS augmentent.
Par ailleurs, la France a proposé à l'omi et à l'Union européenne d'étendre à l'Europe l'expérience menée avec la Grande-Bretagne et
l'Espagne et de mettre en oeuvre un centre de coordination des informations relatives au trafic maritime au CROSS Jobourg, à la
pointe du Cotentin. Si cette proposition est retenue, elle sera mise en oeuvre dès 2001.

1.4 - Renforcement des pouvoirs d'investigation du bureau d'enquête accident maritime
Le gouvernement déposera au cours de la présente session parlementaire un projet de loi relatif aux enquêtes techniques sur les
accidents et incidents de mer. L'expérience récente a montré que le Bureau d'enquêtes après accidents de mer pouvait se trouver confronté, au cours de ses enquêtes, à des difficultés d'accès à l'information. Il apparaît indispensable qu'il puisse disposer des mêmes possibilités que ce qui
existe en matière aérienne et que par conséquent les pouvoirs d'investigation de ses enquêteurs se trouvent garantis par un texte législatif.

1.5 - Amélioration des conditions de réception portuaire pour les déchets d'exploitation des navires et les résidus de cargaison
La France soutiendra activement l'adoption de la directive européenne obligeant les navires à attester du dépôt de leurs déchets avant de
quitter un port de l'Union. Sans attendre l'adoption de la directive, la réglementation française anticipera ce dispositif européen.
La pollution en mer est souvent due à des rejets volontaires d'hydrocarbures contenus dans les eaux de ballast des pétroliers non pourvus de ballasts séparés. La France soutiendra la directive européenne qui apporte une réponse claire au problème posé. Elle pourrait être adoptée par le Conseil des ministres des transports, en juin prochain. Ainsi, les navires ne pourraient quitter un port s'ils n'ont pas été inspectés pour vérifier
qu'ils ont effectivement déposé dans les installations appropriées leurs déchets et résidus, sauf dans le cas où ils disposeraient d'un moyen de stockage à bord, pour amener leurs déchets jusqu'au port de dépôt. En cas d'incertitude sur le prochain port d'escale, l'Etat membre pourrait obliger le navire à déposer ses déchets avant de quitter le port.
Sans attendre l'adoption de la directive, la réglementation française anticipera ce dispositif européen.

1.6 - Meilleure protection de la façade méditerranéenne

1.6.1 - Créer une zone de protection écologique
En concertation avec les Etats voisins et la Commission européenne, la France créera une zone de protection écologique qui lui donnera,
dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, juridiction en matière de protection de l'environnement.
L'absence de zone sous juridiction au large de notre côte méditerranéenne, contrairement à ce qui existe en Manche atlantique, rend impossible, au delà des eaux territoriales, l'application de la loi du 5 juillet 1983 réprimant la pollution par les navires.
La mise en place d'une zone de protection écologique dans la limite des 200 nautiques, permettra d'agir légalement en matière de contrôle
et de droit de poursuite, les activités de pêche continuant de s'exercer selon les règles applicables en haute mer. Cette zone sera notifiée au fipol afin d'y permettre l'indemnisation des éventuels dommages éligibles au fonds fipol. La création de cette zone sera faite de manière concertée avec nos voisins et avec la Commission européenne.

1.6.2 - Ratification des amendements et protocoles Internationaux
Convention de Barcelone concernant la pollution en Méditerranée La France mènera à son terme avant la fin de l'année le processus de
ratification des amendements et protocoles à la Convention de Barcelone concernant la lutte contre la pollution en Méditerranée, la
biodiversité et l'immersion. Convention de Barcelone contre la pollution liée à l'exploration et à exploitation en mer La France signera, sans délai, le protocole de 1994 à la convention de Barcelone contre la pollution résultant de l'exploration et de l'exploitation du plateau continental, du fond de la mer et de son sous-sol.
Protocole d'Izmir sur les mouvements de déchets dangereux. La France signera, sans délai, le protocole d'Izmir sur les mouvements des déchets dangereux, en l'accompagnant des réserves qui ont fait l'objet de déclaration de son représentant lors de la négociation de ce protocole. Les conditions de ratification seront déterminées au vu des réactions des parties aux réserves formulées par la France.

2 - Amélioration de l'organisation du dispositif national d'intervention

2.1 - Coordination du dispositif d'intervention de l'Etat en mer Une mission sur l'organisation générale de l'intervention de l'Etat en mer sera confiée à Jean-François Théry, conseiller d'Etat, Christian Brossier, ingénieur général des Ponts-et-Chaussées et l'amiral Bernard Louzeau. Elle devra rendre ses conclusions avant le prochain Comité interministériel de la mer prévu au printemps 2000. Pour optimiser l'efficacité de l'action de l'Etat en mer, une mission conduite par une personnalité du monde maritime sera chargée de tirer les enseignements de la gestion de la crise actuelle et de formuler des propositions.

Elle devra examiner comment :
- identifier plus précisément, selon la nature du risque, le responsable gouvernemental en charge de l'intervention de l'Etat en mer,
- coordonner le dispositif d'intervention de manière plus efficace,
- mobiliser les expertises de façon plus rapide et pertinente,
- apporter les appuis nécessaires aux services opérationnels,
- aboutir à une meilleure lisibilité de l'organisation.

2.2 - Prévention des risques de pollution
La mission d'inspection spécialisée de l'environnement est chargée d'organiser le retour d'expériences sur la prévention des risques et sur
la prise en compte des enjeux environnementaux dans la mise en oeuvre des plans polmar. Les conclusions de cette étude seront déposées
sous 3 mois. Des initiatives telles que la " charte de la sécurité maritime des produits pétroliers " signée avec les opérateurs et les mémorandums
rédigés à l'attention de nos partenaires internationaux vont déjà dans le sens d'une meilleure sécurité et d'une plus grande prévention des
accidents. Le diagnostic environnemental de la gestion du naufrage de l'Erika apportera des enseignements précieux susceptibles de faire évoluer
les pratiques et réglementations actuelles.

2.3 - Renforcement de la coordination du dispositif en mer et à terre

2.3.1 - Actualiser et rendre plus cohérents les plans d'intervention d'urgence
Les différents plans d'action d'urgence (polmar - mer, polmar - terre, plans de secours aux naufragés...) seront actualisés et rendus plus
cohérents entre eux. L'objectif est d'aboutir à des documents uniques terre - mer d'ici la fin de l'année.
Les plans d'intervention ne prennent pas suffisamment en compte la complexité des événements survenant en mer. Les actions à terre et
en mer sont définies par des plans distincts et leur champ d'application est différent (zone maritime, zone de défense ou départements).
Pour mettre en cohérence et actualiser les différents plans, le secrétariat général de la mer définira, avant le cim du printemps 2000, un cahier des charges précis. Cette actualisation, qui devra être effective avant la fin de l'année, obéira aux idées directrices suivantes :
- les plans devront être conçus autour de principes communs et être applicables simultanément,
- une analyse globale terre - mer permettra d'aboutir à des documents, intégrant les deux problématiques, qui préciseront les tâches des autorités responsables dans la zone considérée, leur articulation et les conditions éventuelles de coordination avec les zones voisines
- l'actualisation du plan polmar devra intégrer le retour d'expérience confié à la mission spécialisée de l'environnement.

2.3.2 - Mieux coordonner les actions en période de crise
Un état-major mixte sera systématiquement constitué lorsqu'un événement survenu en mer nécessitera la gestion simultanée de moyens maritimes et terrestres. Dès l'engagement des actions à terre, la coordination de l'ensemble du dispositif relèvera du préfet de la zone de défense
La décision de refondre les plans polmar - terre et polmar - mer nécessite la mise en place d'un mécanisme de coordination systématique. Dès lors qu'un événement survenu en mer nécessitera la gestion simultanée de moyens en mer et à terre, un état-major mixte sera immédiatement et systématiquement constitué, tant auprès du préfet maritime que du préfet de la zone de défense. Dès l'engagement des actions à terre, la coordination de l'ensemble du dispositif relèvera du préfet de la zone de défense.

2.4 - Soutien aux services opérationnels
Les plans d'intervention prévoiront le concours des services déconcentrés de l'Etat, des organisations socioprofessionnelles et du secteur associatif. Ils organiseront aussi la coopération des bénévoles susceptibles d'apporter une aide efficace. Les moyens de veille, d'expertise et d'études seront renforcés et un groupe national d'experts, mobilisables en cas de crise, sera constitué.
Les structures administratives ordinaires ne sont pas dimensionnées et structurées pour soutenir dans la durée l'effort imposé par la gestion de crise. Pour les renforcer quantitativement et qualitativement, les plans d'intervention prévoiront le concours des services déconcentrés de l'Etat et la mise en place de cellules interministérielles de soutien auprès du préfet maritime ou du préfet de zone de défense. Ces cellules regrouperont les compétences des différentes administrations impliquées. Les plans d'intervention prévoiront également l'association des organisations socioprofessionnelles et du secteur associatif ainsi que l'organisation du concours des bénévoles. L'état-major mixte mis en place en cas d'événement en mer mobilisant des moyens maritimes et terrestres recevra, dès le déclenchement des plans d'intervention, les renforts nécessaires pour assurer la qualité de l'information. Par ailleurs, les incertitudes liées à la connaissance du milieu marin et des pollutions qui l'affectent exigent un développement plus efficace de l'expertise des risques. Les capacités de veille, d'expertise et d'études seront renforcées, notamment par un accroissement des moyens du CEDRE (Centre de documentation, de recherches et d'expérimentation sur les pollutions actuelles des eaux). Un groupe national d'experts, mobilisables en cas d'urgence, sera créé. Ces experts pourront être sollicités pour former une cellule auprès du préfet maritime et du préfet de zone de défense.

2.5 - Accueil des navires en difficulté dans les ports
En cas de risque avéré pour la vie humaine ou l'environnement et dans les situations d'urgence, le préfet maritime se voit reconnaitre
autorité pour faire entrer un navire en difficulté dans le port. Deux lignes budgétaires, dotées chacune de 10 millions de francs, seront créées, dès cette année, sur le budget du ministère de l'Equipement, des Transports et du Logement, pour faire face aux situations difficiles d'abandon de navires.
L'accueil dans les ports de navires en difficulté est un problème récurrent et délicat. D'une part, il convient d'éviter un accident qui pourrait se traduire par des pertes de vies humaines et des dégats sur l'environnement, d'autre part, cela implique l'occupation d'un poste à quai ayant une vocation commerciale. Toute décision d'accueil d'un navire doit résulter d'un dialogue entre la préfecture maritime et la direction du port ou avec le niveau ministériel ou interministériel. Cependant, pour répondre aux situations d'urgence, le Comité interministériel à la mer reconnait autorité au préfet maritime de faire entrer le navire en difficulté dans le port. Par ailleurs, le port d'accueil ne doit pas avoir à supporter les conséquences négatives sur l'environnement ou l'économie portuaire de la présence d'un navire dans un port. Pour responsabiliser l'armateur, la France a proposé à ses partenaires de l'Union européenne d'instaurer une assurance pour les armateurs désirant toucher les ports des pays de l'Union. Cependant, dans des situations d'abandon, il est nécessaire de prendre en charge les marins et le navire par les pouvoirs publics Deux lignes budgétaires dotées chacune de 10 millions de francs sont créées, dès cette année, sur le budget du ministère de l'Equipement, des Transports et du Logement, pour y faire face.

3 - Soutien économique au pavillon français et harmonisation sociale

3.1 - Soutien au renouvellement de la flotte
Afin d'accélérer le renouvellement des navires transportant des matières polluantes ou dangereuses, ces navires devront bénéficier d'une attention particulière pour bénéficier du dispositif de GIE fiscal duquel ils sont éligibles. Les navires-citernes relevant de l'obligation de pavillon sont éligibles au dispositif du GIE fiscal. Pour renouveler ces navires et en raison de l'avantage que procurent un pavillon français et un équipage français en matière de sécurité pour les hommes et l'environnement, il sera porté une attention particulière à ces navires. L'instruction des dossiers sera réalisé en liaison avec le ministre chargé des transports maritimes et fera l'objet d'une information régulière du monde armatorial.

3.2 - Soutien au pavillon français
Pour renforcer l'attractivité du pavillon français, le prochain cim, qui se tiendra au printemps 2000, prendra des mesures sur la base du
rapport de mission remis ces jours derniers au ministre de l'Equipement, des Transports et du Logement. Les mesures prises depuis 1997 - remboursement de charges sociales, GIE fiscal, remboursement de taxe professionnelle - ont permis de stabiliser la flotte française à 210 navires après trente ans de régression ininterrompue. Dans la lutte contre les pavillons de complaisance, l'extension du pavillon français constitue un outil privilégié, en raison de la qualité des controles techniques qu'il implique, mais aussi pour la qualification et la formation de ses équipages.
Dans cet esprit, le Gouvernement a engagé une réflexion sur le pavillon français avec le double souci de soutenir la compétitivité des armateurs français et de préserver et développer l'emploi des marins français. Le ministre de l'Equipement, des Transports et du Logement a confié
à deux inspecteurs généraux, Messieurs Hamon et Dubois, une mission de concertation sur la réforme du pavillon. Après avoir rencontré à plusieurs reprises armateurs et représentants du personnel, les deux inspecteurs généraux viennent de remettre leur rapport au ministre. Ces propositions seront soumises aux partenaires, armateurs et représentants du personnel. Sur ces bases, des mesures permettant d'améliorer la compétitivité du pavillon français et de développer l'emploi seront prises au printemps 2000, lors du prochain cim.

3.3 - Intégration des conventions de l'OIT dans le droit du travail maritime
La France ratifiera dans les meilleurs délais les cinq conventions et le protocole présentés par l'organisation internationale du Travail et
concernant diverses normes de droit du travail applicables aux gens de mer.
Les cinq conventions portent sur :
- le bien être des gens de mer en mer et dans les ports
- le rapatriement des marins
- l'inspection des conditions de travail et de vie des gens de mer
- le recrutement et le placement des gens de mer
- la durée du travail des gens de mer et les effectifs des navires
- la marine marchande.

4 - Synthèse des actions du Gouvernement en faveur de la sécurité maritime
Actions de la France au plan communautaire et international Le 8 février, le Premier ministre, Lionel Jospin a reçu les élus du littoral touché par la marée noire pour leur présenter et les consulter sur le plan d'action du Gouvernement en faveur de la sécurité en mer. Il a annoncé, le 15 février, les propositions de la France pour renforcer et améliorer la réglementation en matière de sécurité maritime et rappelé que la France fera de la sécurité maritime l'une de ses priorités pour sa présidence de l'Union européenne Les propositions de la France au plan communautaire et international sont contenues dans trois mémorandums adressés à l'Union européenne, à l'Organisation maritime internationale et au fipol.

4.1 - Accentuer la surveillance européenne
La France propose :
- le signalement détaillé obligatoire des navires contenant des produits dangereux et polluants, entrant dans les eaux territoriales d'un membre de l'Union européenne
- le signalement obligatoire des navires dans les zones de fort trafic, notamment en Manche,
- le signalement volontaire dès l'entrée dans une zone de 200 milles nautiques.

4.2 - Une réglementation et un controle plus sévères
La France propose :
- la disparition des navires transportant des produits dangereux à simple coque d'ici 2008 au lieu de 2019, date prévue dans la convention MARPOL, 2005 pour les plus de 160 000 tonnes,
- l'harmonisation sociale dans les transports maritimes européens, - la ratification des conventions de l'OIT,
- le renforcement et l'harmonisation des controles de l'inspection du travail en Europe.

4.3 - Durcir et harmoniser les dispositifs de controle européens
La France propose :
- des controles plus fréquents,
- un système de controle commun des organismes de sécurité, notamment les sociétés de classification,
- le développement de la coopération avec les Etats ayant une flotte de commerce importante.
La France saisira ses partenaires du G8 pour lutter contre les pavillons de complaisance.

4.4 - Responsabiliser les opérateurs du transport maritime
La France propose :
- de généraliser l'utilisation d'EQUASIS,
- d'imposer aux sociétés de classification et aux sociétés d'assurance des navires une procédure d'agrément européenne,
- de relever le plafond d'indemnisation du fipol à 1 milliards d'euros et de prendre en compte l'état matériel du navire dans la mise en oeuvre de la responsabilité de l'armateur et la contribution du chargeur au fipol,
- dans l'attente de ces mesures, de créer une taxe sur les transports d'hydrocarbures pour les navires ne respectant pas des normes techniques et sociales exigibles à terme,
- le renforcement des mesures de sanction, avec extension du bannissement des navires.

4.5 - Charte de sécurité maritime
Le 10 février, en présence de Jean-Claude Gayssot, ministre l'Equipement, des Transports et du Logement, les acteurs du transport maritime ont signé une charte sécurité. Cette signature témoigne de leur soutien aux actions des Etats qui agissent au niveau européen et mondial pour renforcer la réglementation et durcir les contrôles afin d'éviter de nouvelles catastrophes. Les affréteurs s'engagent à ne plus utiliser les navires à simple coque au plus tard à partir de 2008 et, dès à présent, de ne recourir qu'à des navires battant pavillon français, européens ou d'un Etat
respectant les règles internationales. Les armateurs s'engagent, pour les navires de plus de 15 ans, à une inspection approfondie de la coque en cale sèche tous les deux ans et demi, au lieu de tous les 5 ans aujourd'hui. Les propriétaires ou les armateurs veilleront également à ne recourir
qu'à des sociétés de main d'oeuvre respectant les normes internationales en matière de formation, de conditions et de temps de travail.
Les sociétés de classification s'engagent à plus de transparence dans leur activité.

Les décisions du Conseil Inter Ministériel du 28 février 2000
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Le Conseil Inter Ministériel du 28 février confirme l'engagement du Gouvernement à mettre en oeuvre rapidement des décisions renforçant
l'action de l'Etat français en mer, avec de nouveaux moyens humains, de nouveaux moyens d'intervention, une amélioration du dispositif actuel,
notamment des plans polmar, et un soutien à la flotte et au pavillon français.

Moyens humains
- Doublement d'ici deux ans du nombre d'inspecteurs de sécurité des navires.
- Création de 4 postes de professeurs de l'enseignement maritime sur 2000-2001.
- Création de 30 postes d'officiers de ports ou d'officiers de port adjoints pour les ports d'intérêt national et les ports autonomes.
- 25 professionnels recrutés pour remplacer 21 appelés dans les Centres régionaux de surveillance et de sauvetage en mer (CROSS).
- Création à Jobourg, à la pointe du Cotentin, d'un centre de coordination international.
- Projet de loi pour permettre une meilleure participation des douanes aux contrôles de sécurité en mer.

Matériel de balisage
- Accélération du programme de remise en état et de modernisation du balisage d'un montant de 300 M.F.
- 17,6 M.F. immédiatement débloqués pour remplacer ou réparer les matériels endommagés par la tempête.

Moyens d'intervention
- Mise en place, dès le printemps 2000, d'un nouveau remorqueur, en Manche
- Acquisition d'un nouvel hélicoptère de moyen tonnage, en 2000.
- Renouvellement et modernisation du parc d'avion polmar des douanes.

Moyens de dépollution
- Appel d'offre pour l'affrètement d'un navire spécialisé dans la dépollution.
- Reconstitution du fonds de lutte contre les pollution avec 40M.F.

Pouvoir d'enquête
Projet de loi pour renforcer les pouvoirs d'investigation du bureau enquête accident en mer.

Renforcement des controles
- Soutien de la France à l'adoption de la directive européenne obligeant les navires à attester du dépot de leurs déchets avant de quitter un port de l'Union et anticipation dans la réglementation française.
- Renforcement des possibilités de controle en Méditerranée notamment par la création d'une zone de protection écologique.
- Ratification des protocoles de la Convention de Barcelone relatifs à l'environnement.

Amélioration du dispositif national actuel
- Mission sur l'organisation générale de l'action de l'Etat en mer.
- Inspection spécialisée de l'environnement sur la prévention des risques.
- Actualisation des plans d'intervention d'urgence.
- Mise en place d'Etat-majors mixtes en cas de crise.
- Soutien aux services opérationnels en cas de crise.
- Organisation de l'accueil des navires en difficulté dans les ports.

Accompagnement des engagements pris par les acteurs du transport maritime dans la charte du 10 février
- Mobilisation du dispositif de GIE fiscal pour les navires transportant des matières dangereuses ou polluantes.

Présentation de mesures pour renforcer la compétitivité du pavillon français au cim prochain du printemps 2000.