"C'est aujourd'hui, pour ce qu'il est possible d'estimer, entre 8.000 et 12.000 tonnes de fuel lourd pour centrale thermique déversées à la mer, au large, plus un risque représenté par 18.000 à 22.000 tonnes de fuel lourd, 280 tonnes de fuel de propulsion et 130 tonnes de gazole susceptibles de s'échapper à terme des deux morceaux du navire coulés par 120 m de fond.
Cela n'a aucune commune mesure avec les 227.000 tonnes déversées à la côte par le naufrage de l'Amoco Cadiz en 1978.
Commentaire 24 juillet
2000 : TOTALement FAUX !!!
Les 25.000 tonnes de résidus
pétroliers de raffinage (contenant environ 100 fois plus de produits
toxiques et cancérigènes que du pétrole brut) déversés
sur 450 km du littoral breton et vendéen, représentent une
contamination équivalente à DIX
FOIS cette induite ayant suivi le naufrage
de l'Amoco Cadiz.
Ce n'est pas non plus : ni un Aegean Sea (67.000 tonnes de pétrole brut
déversées et en partie brulées à l'entrée
du port de La Corogne, Galice, en 1992), ni un Braer (93.000 tonnes de pétrole
brut léger déversées à la côte en 1993 aux
Iles Shetland), ni un Sea Empress (72.500 tonnes de pétrole brut déversées
à l'entrée du port de Milford Haven, pays de Galles, en 1996).
C'est cependant, dans l'échelle de valeurs des statisticiens de la pollution
marine accidentelle par hydrocarbures, un accident majeur (déversement
de plus de 7000 tonnes).
C'est surtout le déversement le plus grave intervenu en France depuis
les 6.000 tonnes de fuel lourd du Tanio, au large de l'Ile de Batz (Finistère)
en 1980.
A ce titre, c'est depuis le premier jour la préoccupation majeure du
dispositif de réponse francais dont nous faisons partie.
Ce dispositif est dirigé en mer par le préfet maritime de l'Atlantique
et sur le littoral par les préfets des départements concernés
(Finistere, Morbihan, Loire-Atlantique, Vendée, Charente-Maritime, avec
coordination par le préfet délégué de la zone défense
ouest).
Le pire évident, la dérive vers Belle-Ile de la partie arrière
du navire avec son reste de cargaison et son fuel de soute, a été
évité grâce aux efforts de l'Abeille Flandre, montrant une
fois de plus combien le remorqueur de haute mer basé à Brest est
essentiel dans le dispositif de prévention et de réponse mis en
place par l'Etat après la catastrophe de l'Amoco Cadiz.
Un autre pire, moins évident pour qui n'est pas marin, a heureusement
été évité : la dérive vers la cote de la
partie avant du navire, aux trois quarts submergée, pratiquement impossible
à prendre en remorque.
Dès les premières évaluations de la situation au PC Polmar
de la préfecture maritime, tous les intervenants ont eu en tete l'échec
de la garde-cote japonaise dans toutes ses tentatives de prendre en remorque
l'avant retourné, plein de fuel intermédiaire, du pétrolier
russe brisé lui aussi dans la tempete, le 2 janvier 1997.
Après 5 jours d'efforts infructueux, il était arrivé à
la cote au milieu d'une des zones les plus touristiques du pays, provoquant
la plus grande marée noire jamais connue en extreme-Orient.
La chance a voulu que la partie avant de l'Erika coule au large pendant que
les équipes d'intervention se préparaient à un combat qu'elles
n'avaient aucune certitude de gagner.
Toute journée qui est passée avant que du fuel arrive sur le littoral
a été une journée gagnée pour un peu plus de lutte
en mer, pour une meilleure préparation de la lutte devant le littoral
et sur le littoral, pour plus de cassure et de désagrégation des
nappes par la houle et le vent, pour plus de dégradation de leur surface
par les bactéries du milieu marin, pour plus d'évolution du produit
vers moins de nocivité pour la faune et la flore littorales.
Mais bien peu de ces journées, hélas, ont vu des conditions de
mer compatibles avec le développement d'opérations de confinement-récupération
efficaces au large et devant le littoral.
La tempete particulierement violente des 23 - 26 décembre a accéléré
l'arrivée de la plus grande partie du fuel … la cote et concentré
son impact majeur sur l'estuaire de la Loire, de Belle-Ile … Noirmoutier, en
dispersant le reste sur un linéaire de littoral et sur un espace marin
considérables.
La récupération en mer n'a de ce fait pas pu se développer
aussi largement que nous l'avions espéré.
Mais cette dispersion de la pollution et la nature du polluant ont évité
à l'administration gestionnaire des activités de pêche et
de cultures marines de devoir mettre en place des interdictions de pêche
et de commercialisation des produits de la mer, sauf sur quelques zones de surface
restreinte.
Cela n'enlève rien à la gravité de la situation, ni au
souci de chacun devant une forme de pollution qui reste malheureusement un risque
permanent.
Le dispositif francais de prévention avait réussi depuis presque
vingt ans à nous l'éviter.
C'est malheureusement arrivé.
La marée noire de l'ERIKA est entrée dans l'histoire des pollutions
accidentelles de notre littoral.
Le CEDRE a pour sa part pris aussitot la place qui lui est fixée dans
le dispositif de réponse, de toutes ses capacités, déterminé
à assurer la mission qui est la sienne jusqu'à la complète
élimination du risque représenté par ce qui reste dans
l'épave, la pleine récupération de la nature, le juste
règlement de la dernière indemnisation.
D'autres chercheront les responsabilités et travailleront à ce
que la France prenne l'initiative de mesures visant à reculer le plus
loin possible le prochain accident.
Notre expérience et notre documentation sont à leur service pour
les aider.
Si l'ERIKA n'est clairement pas l'AMOCO CADIZ sous l'angle de vue des spécialistes,
une évidence s'impose dès aujourd'hui : le choc provoqué
dans les esprits, le traumatisme pour les populations littorales, l'élan
des volontaires, la colère du public, la couverture médiatique,
sont très comparables.
Ceux qui vivent du littoral ont renoué avec la lutte contre des masses
gluantes et la peur de conséquences à terme. Les volontaires,
une génération plus tard, ont de nouveau montré leur générosité
indispensable.
Le public a majoritairement douté que l'Etat et ses services aient bien
géré la situation.
Les médias ont investi massivement le sujet, en demandant des tetes,
pendant un mois entier, avant de repartir vers d'autres priorités.
Comme la marée noire de l'AMOCO, celle de l'ERIKA met en cause un "major"
de l'industrie pétrolière mondiale. Comme la marée noire
de l'EXXON VALDEZ, celle de l'ERIKA met en cause le premier industriel national.
Cela veut dire que des décisions politiques vont être prises.
La marée noire de l'ERIKA devrait générer en France, et
peut-être en Europe, des changements tout aussi majeurs que celle de l'EXXON
VALDEZ aux USA."